Dernières Tendances dans Édition Électronique Savante

Ann Okerson

Bibliothécaire à l'Université de Yale

Ann.Okerson@yale.edu





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Présentation



Au printemps 1991, j'ai mis au point et publié ce que je pense être le premier répertoire de journaux électroniques savants et de bulletins d'informations . Ce mince volume s'est depuis épaissi grâce à des éditions annuelles. Je l'ai vu édité cinq fois lorsque j'étais membre de l'Association of Research Libraries (Association des Bibliothèques pour la Recherche), et mes successeurs se débattent maintenant avec les résultats. Je voudrais vous faire part de quelques chiffres.

  1. ARL Directory (Répertoire ARL) : En 1991, il y avait 110 articles dans la première édition; 133 en 1992, puis 240 en 1993, 443 en 1994, 675 en 1995 et 1689 en 1996. On ne connaît pas encore le nombre d'articles qui paraîtront bientôt dans l'édition de 1997.

  2. Les archives d'une liste dont je suis le modérateur constituent un autre point de repère. Cette liste, appelée NewJour, communique les avis de parution des nouveaux journaux, revues et bulletins d'informations en ligne à plus de 4000 souscripteurs de par le monde. Cette liste a été créée en août 1993. En janvier 1995, elle avait communiqué les avis de parution de 2000 titres. En mai 1997, on enregistrait 3800 titres, un chiffre sous évalué pour deux raisons: (1) il ne tenait pas compte des nouveaux gros projets soit déjà en cours de réalisation, soit sur le point de paraître : citons par exemple les 1100 titres des journaux Elsevier dont nous parlerons plus tard et environ 200 titres des éditions Springer Verlag; (2) notre liste avait une capacité de production limitée aux bons services de quelques volontaires et d'un étudiant salarié de l'Université de Pennsylvanie. Nous sommes conscients de nos difficultés à nous maintenir à jour, mais nous ne pouvons pas évaluer la quantité de production qui nous échappe. En février 1998, la barre des 5000 titres a été franchie.

  3. D'après une étude dirigée par McEldowney à l'Université de Virginie, nous pouvons ajouter quelques précisions avec ces graphiques :

    http://poe.acc.virginia.edu/~pm9k/libsci/tabejn.gif

    http://poe.acc.virginia.edu/~pm9k/libsci/tablist.gif

    http://poe.acc.virginia.edu/~pm9k/libsci/cejsnlr.gif

    Plusieurs éléments ressortent de l'examen de ces chiffres :

    1. Si vous le faites, ils suivront. Dans ce cas, "ils" ne représentaient pas le réseau mais les navigateurs. L'explosion de l'intérêt porté à l'édition électronique est survenu après que Mosaic puis surtout Netscape eurent créé des systèmes de distribution de texte attrayants, formatés et de bonne qualité pour les lecteurs à travers un large éventail de plates-formes.

    2. Néanmoins, l'infrastructure du réseau reste importante. Ce développement a aussi coïncidé avec la pénétration des PC en réseau dans la vie universitaire. La position occupée par les pays dans lesquels il y a une pénétration importante de l'audience des lecteurs et écrivains par un accès Internet facile n'est pas surprenante. D'où, bien sûr, il n'était pas du tout surprenant de recevoir cette invitation en Finlande qui est selon certaines normes le pays le plus câblé du le monde.

    3. Un facteur proche est le développement de l'utilisation non-universitaire de l'Internet. Ces deux dernières années en particulier, l'Internet a été envahi par un public de lecteurs très général et le marché de fournisseurs d'information. Le Répertoire ARL a été créé à un moment où le groupe de producteurs de ressources en ligne était limité presque exclusivement aux universitaires. En parlant des phénomènes de la vie d' Internet en 1992, Willard McCarty, fondateur de la liste de discussion influente et novatrice appelée HUMANIST et maintenant Conférencier Senior en informatique appliquée aux sciences humaines au Kings College de Londres, a prédit que la dominance universitaire de l'Internet ne durerait pas plus de cinq ans. Aujourd'hui, cinq ans plus tard, il semble qu'il ait eu raison. Désormais, les normes pour les applications et les infrastructures seront fixées par une base croissante d'utilisateurs et de fournisseurs non-universitaires. Toutes nos prédictions et aspirations quelles qu'elles soient devront tenir compte de ce changement.


  4. Il est aussi indéniable qu'un très grand pourcentage de ce qui est entré sur le Net l'année dernière s'accorde particulièrement admirablement à la définition de "shovelware" : produits imprimés existants dont les propriétaires ont constaté les possibilités de l'Internet et ont cherché à créer une copie électronique exacte d'une ressource imprimée. Beaucoup de nouveaux journaux électroniques ont l'aspect d'un journal imprimé présenté mal commodément. (Pensez aux pages postées en tant qu' images ou comme fichiers PDF qui exigent du lecteur qu'il défile de gauche à droite et de long en large juste pour lire une ligne entière de texte, puis à maintes reprises de haut en bas pour lire le texte, les notes en bas de page, le texte, les notes en bas de page, etc. Les exemples d'une telle inélégance sont trop faciles à trouver.) Seul un nombre relativement petit d'éditeurs électroniques commence à profiter des nouvelles façons de présenter l'information offerte par l'Internet.


   Dans ce document, j'examinerai l'état actuel du sous-ensemble de publications de journaux électroniques que nous appelons le multimédia et en analyserai quelques unes des possibilités. En usage courant, "multimédia" semble parfois ne désigner rien de plus qu'un mélange de texte, de son et d'images, images de préférence animées. Quant aux intentions du journal savant et à son avenir, une telle définition est trop limitée. Il est plus logique de considérer le large éventail de possibilités offertes par les ressources électroniques en réseau qui n'existent pas sur un support imprimé.




Valeur ajoutée des Journaux : Monsieur Multimédia Plus



Faisons une brève liste de ces possibilités :

  1. Une ressource électronique doit offrir des possibilités de recherche qu'aucun produit imprimé ne peut proposer.

  2. Elle peut permettre non seulement une recherche organisée par mot-clés, mais aussi une recherche intelligente de combinaisons d'information productrice d'une information nouvelle à partir de la ressource en ligne comme s'il s'agissait d'une base de données.

  3. Il sera possible d'inclure "des données vivantes" dans une publication; c'est-à-dire des bases de données ou des équations mathématiques qui peuvent être manipulées avec un logiciel approprié pour appliquer le travail publié plus directement aux vrais problèmes, pour transformer des équations ou les essayer avec des valeurs différentes ou pour poser à une base de données des questions différentes de celles que l'auteur pensait possibles ou pertinentes;

  4. Une ressource électronique peut contenir des liens hypertextes vers d' autres ressources; les liens seront créés vers le haut et vers le bas de la chaîne de communication savante. Les liens postérieurs sont une découverte capitale dans le domaine de l'édition électronique. (L'édition traditionnelle a des liens antérieurs : on les appelle notes en bas de page, qui font référence à des travaux précédents sur le sujet. Les liens postérieurs ont l'avantage de diriger vers des travaux ultérieurs à l'article qu'on est en train de lire, des travaux qui continuent la discussion sous une forme ou une autre.)

  5. Une forme évoluée des liens vers le haut et vers le bas consiste en la pratique connue sous l'expression de commentaire ouvert par les pairs (open-peer commentary) où les éditeurs sollicitent la révision de leurs articles par les pairs d'une façon traditionnelle mais la publient simultanément avec l'article sous révision, puis continuent à ajouter des commentaires similaires. Dans ce modèle, ce qui était un "article statique" se transforme en un séminaire vivant (living seminar).

  6. Le contenu de ce qui est publié peut ensuite être encore enrichi par l'ensemble le plus restraint du multimédia comprenant mais n'étant pas limité à :

    1. des graphiques et des photographies, monochromes et polychromes, en taille et en quantité variable. Même là où un ensemble limité d'images pouvait être publié dans un journal imprimé, il est typique de la publication électronique de pouvoir inclure beaucoup plus d'images, y compris des agrandissements détaillés bien au-delà de ce qui est financièrement faisable sur un imprimé;

    2. La qualité de la vidéo s'améliore au fur et à mesure que nous parlons (mais, notez que la vidéo plein-écran est exigeante en bande passante et donc une lecture d'une qualité semblable à celle du magnétoscope est encore rare;

    3. Un sous-ensemble particulier de la vidéo est une forme ou une autre de présentation en réalité virtuelle, mais cela nécessite une bande passante beaucoup plus importante et des normes générales de présentation qui seront facilement accessibles aux utilisateurs sur tout type de plates-formes.

    4. La présentation audio. Pour le moment je dirai que le texte audio me semble être le composant multimédia des ressources sur Internet qui ait le plus de succès et c'est seulement en rédigeant cet exposé que j'ai compris pourquoi. L'audio fait appel à un sens différent de celui sollicité par toute représentation vidéo et on ne vit pas mal l'attente du chargement d'un fichier audio. On peut lire le texte ou regarder des images pendant le chargement du fichier audio et quand il est en route. Même les légers délais de, disons, RealAudio, qui pourraient pourtant être évidents, sont en pratique rarement remarqués ou ressentis comme ennuyeux.

    5. Combinaison des éléments déjà cités. En ce moment, les meilleures présentations associant image fixe, image animée et son sur réseau sont légèrement désynchronisées pour la plupart des utilisateurs. Nous ne voyons pas encore d'exemples de productions de qualité qui synchronisent son et image, mais c'est seulement une question de temps, probablement un temps très court, avant que cela soit possible.


  7. Les ressources électroniques sont généralement convertibles dans d'autres média et beaucoup trop d'utilisateurs trouvent qu'il est important de pouvoir imprimer et enregistrer ce qui est en ligne comme ils le souhaitent. Ce désir est en conflit direct avec celui de faire des choses qui sont dépendantes de la technologie (comme la vidéo), mais il est clair que le rédacteur devra à l'avenir faire des choix pour déterminer quelles parties de quel document sont publiées pour être imprimées et comment. L'expérience sur le terrain chez le public de bibliothèque montre qu'il est facile d'offrir la possibilité d'imprimer mais difficile de le faire d'une manière véritablement fonctionnelle.

  8. Enfin, il y a des aspects de l'édition électronique qui profitent de l'infrastructure qui supporte une publication donnée :

    1. Premièrement, les versions électroniques de publications imprimées peuvent et devraient paraître avant la version imprimée; ce n'est pas toujours le cas, et on devrait reconnaître les enjeux économiques pour les éditeurs qui souhaitent continuer à encourager l'utilisation de l'imprimé.

    2. Deuxièmement, l'association de la distribution et de la révision par les pairs est possible, mais les opinions divergent quant à son avantage : est-ce que les pré-publications méritent d'être lues? La réponse variera d'un domaine de spécialité à un autre.

    3. Troisièmement, des services de veille peuvent être d'une grande utilité. Les rapports de l'utilisateur au monde de l'information peuvent être améliorés si le lecteur intéressé est mis au courant de leur existence par l'intermédiaire d'un profil qui correspond à ses intérêts.

   Cette liste n'est pas exhaustive; en même temps, il est vrai qu'aucun journal électronique existant aujourd'hui ne profite de plus de quelques unes de ces particularités. Examinons rapidement les moyens par lesquels les publications actuelles de journaux électroniques profitent vraiment de multiples média et considérons certains des facteurs qui empêchent leur développement dans ce sens. La technologie le permettant, nous consulterons quelques sites et je conclurai en résumant les problèmes soulevés par la constitution de bibliothèques de journaux électroniques.




Sélection de Sites



Remarquez qu'il existe quelques publications électroniques hasardeuses. Cependant, le multimédia et les éléments de valeur ajoutée sont rares. Les journaux actuels ont à peine commencé à mettre en pratique les nouveaux éléments que la distribution en ligne a théoriquement rendus possibles.

  1. NewJour. (Université de Yale, Université de Pennsylvanie et Université de Californie à San Diego).

    Commençons avec le site des archives de NewJour et demandons combien d'articles ont le mot multimédia dans leur titre ou dans leur description plein-texte (approximativement 115).

    http://gort.ucsd.edu/newjour



  2. Australian Environmental Site (Site australien de l'Environnement), sous autorité gouvernementale, permet au lecteur d'inventer de nouvelles informations. Sous une forme Web, l'utilisateur du site de l'environnement peut entrer les noms d'un ou plusieurs genres et espèces de plantes et ceux-ci seront situés sur une carte qui montre leur emplacement et fréquence d'apparition dans le pays. Interactivité utile.

    http://kaos.erin.gov.au/database/TAX990R.html



  3. Global Health Network (Réseau global de la Santé). Un site qui parle de ce qui peut être fait et en donne des exemples :

    http://www.pit.edu/HOME/GHNet/publications/assassin/index.html

    La présentation de la page personnelle du Réseau global de la Santé apparaît aussi en anglais, en japonais, en portugais et en espagnol. Sur le site web, il y a un article qui débat de l'avenir des journaux (en prédisant bravemment que la plupart des journaux imprimés savants disparaîtra d'ici 2001), et ce en incorporant une "bande dessinée hypertexte" et en donnant une large possibilité pour les lecteurs de faire part de leur réaction aux auteurs. Cette intéractivité astreint le lecteur à l'examen des présentations (version grand public, version scientifique ou version du rédacteur). Chacune d'entre elles permet de fournir d'amples commentaires à propos du style de la présentation ou de son contenu.



  4. SON : Journal of Postmodern Culture (Journal de la Culture post-moderne ) un des premiers journaux électroniques examinés par les pairs, lancé en automne 1991 et qui utilise régulièrement le multimédia.

    http://jefferson.village.Virginia.EDU:80/pmc/contents.all.html

    Les articles hypermedia coexistent avec des textes seuls plus traditionnels. Par exemple, l'article de McNeilly (1995) contient des liens vers plusieurs fichiers son utilisés pour illustrer des points particuliers de l'article.

    "Ugly Beauty : John Zorn and the Politics of Postmodern Music," par Kevin McNeilly,

    http://muse.jhu.edu/journals/postmodern_culture/v005/5.2mcneilly.html

    (cliquer sur Yamtsuka Eye ou Ennio Morricone, etc.)



  5. SON : pour un usage beaucoup plus traditionnel et mieux structuré du son, dirigeons nous vers un journal de musicologie, Journal of Seventeenth-Century Music (Journal de la Musique du XVII Siècle), une publication de la Society for Seventeenth Century Music (Société pour la Musique du XVII siècle. Voir en particulier l'article de Sally A. Stanford, "A Comparison of French and Italian Singing in the Seventeenth Century." (Une Comparaison de la Chanson française et italienne au XVII siècle.) Aller aux exemples audio :

    http://www.sscm.harvard.edu/jscm/v1no1.html



  6. Journal of Artificial Intelligence Research (Journal de la Recherche sur l'Intelligence artificielle) utilise de la même façon un champ contemporain de découverte pour exploiter les possibilités en offrant de multiples formats de fichier et un appendice sur un article avec une vidéo QuickTime :

    http://www.cs.washington.edu/research/jair/volume1/schlimmer93a-html/schlimmer93-0.html



  7. American Geophysical Union (Union Géophysique Américaine) doit être reconnue pour mettre en avant un vrai journal multimédia très prometteur, Earth Interactions (Interactions dans le Monde), mais en ses premiers jours il n'a évidemment pas grand chose d'un produit novateur. Le journal électronique récemment lancé représente une initiative majeure dans l'édition électronique pour la Société. De sa description sur le Web : "La planification de ce journal a commencé en 1992, lorsqu'on a pris deux décisions importantes : 1) la Société devrait chercher à s'engager dans une initiative audacieuse dans l'édition électronique qui irait au-delà des limites de l'imprimé et en conséquence, cette publication devrait être indépendante des journaux imprimés établis; et 2) cet effort devrait relever d'un effort commun des sociétés similaires afin de partager le risque et d'augmenter la probabilité de succès. Le journal électronique qui est né de ce gigantesque effort de conception est un effort commun de l'American Geophysical Union (Union Géophysique Américaine) et de l'Association of American Geographers (Association des Géographes Américains) avec l'American Meteorological Society (Société Météorologique Américaine) comme coéditeurs. L'Oceanography Society (Société de l'Océanographie) et l'Ecological Society of America (Société Écologique d'Amérique) ont aussi coopéré dans l'élaboration de ce journal, et on espère que leur contribution continuera au fur et à mesure que le journal devient petit à petit une publication solide.

    http://earth.agu.org:80/ei /



  8. Experimental Biology Online (Biologie Expérimentale en ligne. ) (Springer Verlag)

    http://science.springer.de/ebo/ebo-main.htm

    Cet article comprend des fichiers multimédias supplémentaires, des séquences filmées en format QuickTime et le son surnaturel et transperçant du battement de coeur d'un scorpion. (Cela met en valeur une vérité concernant tous les média de communication : ce n'est pas simplement par la découverte qu'on fait quelque chose avec un nouveau média mais par le choix de ce que l'on en fait.)

    ==> Autres sites dont nous nous contenterons de montrer les pages personnelles (citons aussi le CLIC d'elib et Gene-COMBIS d'Elsevier )



  9. Journal of Image Guided Surgery (Journal Pratique de la Chirurgie en Images) (Wiley)

    http://www.igs.wiley.com (j'omets ce journal parce que pour y avoir accès, vous devez traverser des formalités d'inscription très compliquées)



  10. Science (AAAS)

    http://www.aaas.org/science/Grubmuller.htm

    (une vidéo, mais exige pour sa lecture un assistant interne particulier appelé Sparkle : un exemple type des problèmes de normes)



  11. Au début de l'année 1996, Steven Hitchcock de l'Université de Southampton (Royaume-Uni) a dirigé une étude présentant sous forme de tableau les aspects de quelques uns des journaux électroniques les plus prestigieux. (Naviguez sur ce site si vous en avez le temps.)

    Table 2: http://journals.ecs.soton.ac.uk/survey/table2.html




Pourquoi les chiffres sont-ils bas?



  1. La publication imprimée est une technologie éprouvée. Les écrivains et les lecteurs ont acquis des compétences qui leur permettent de la manipuler efficacement, ses limites leur laissent un niveau de confort relativement élevé.

  2. La publication imprimée est prestigieuse. Aussi saisissante que soit la vue de notre propre page personnelle, rien de ce qu'offre le cyberespace n'est comparable à la vue d'un nom imprimé au dessus du logo d'un éditeur distingué.

  3. La publication imprimée est universelle. Toutes les bibliothèques dans le monde sont capables de recevoir et d'utiliser les publications imprimées les plus avancées. Pourtant, trop de bibliothèques et d'usagers sont encore incapables d'utiliser des technologies électroniques, et beaucoup de ceux qui les utilisent sont sévèrement limités dans leur aptitude.

       Donc, une décision difficile doit être prise par les éditeurs et les rédacteurs de futurs nouveaux journaux. Une publication basée sur le modèle d'un journal imprimé ne peut pas avoir une véritable interactivité sans s'éloigner du procédé de l'imprimé et de son contenu. C'est un véritable dilemme.

  4. Les technologies sont imparfaites.

    1. SGML est un langage de balisage de texte puissant dans un média électronique. Mais il n'existe qu'un seul visualiseur SGML couramment disponible sur le net, Panorama, et il n'est pas encore adapté à toutes les plates-formes; étant donné la complexité de SGML, même quand on l'utilise, on subit des délais considérables dans le chargement et l'utilisation du texte.

    2. Java permet de rendre un site web plus intelligent et de le laisser agir sur la machine de l'utilisateur, ce qui augmente considérablement les capacités de la ressource et de l'utilisateur. Mais Java a du mal à décoller en partie parce que les gens le poussent à trop faire. Par exemple, si on considère la solution Java d'OVID pour la transmission de grandes bases de données pour les bibliothécaires, on constate que le fichier client que l'utilisateur doit télécharger au début de chaque session est si grand que le temps de téléchargement est au moins égal à celui nécessaire à la recherche et à l'examen de la première demi douzaine d'articles qui pourraient nous intéresser.

    3. L'imperfection des technologies met la pression sur les normes. C'est évidemment dans l'intérêt général d'avoir des normes largement agrées et utilisées. Pourtant tous les éditeurs souhaitent accomplir des travaux les plus avancés possibles, et il y a donc une pression constante sur le choix d'une technologie toujours plus avancée que celle couramment utilisée. Nous savons tous ou presque combien il est irritant de cliquer sur un lien seulement pour s'entendre dire qu'on n'a pas le bon plugin; puis d'avoir la chance de parcourir les plugins de Netscape pour trouver le logiciel dont on a besoin, le télécharger, comprendre comment l'utiliser, et enfin regarder le lien sur lequel on a cliqué deux ou dix minutes plus tôt. Chaque fois que nous semblons nous mettre d'accord sur une norme (telle que HTML), la divergence suit immédiatement lorsque une source influente pousse le formalisme plus loin.

    4. Bande passante. Les ordinateurs de bureau et les bandes passantes qui les relient au réseau sont extrêmement variables (et, de façon inquiètante, variables en fonction du pouvoir socio-économique de l'utilisateur individuel). Bill Gates pense que la bande passante sera bientôt fondamentalement illimitée et s'il a raison, ce sera un grand jour. Mais aujourd'hui, il y a du vrai dans la description en bande dessinée de l'inventeur du Web : un petit diable qui a monté un complot pour contraindre des millions de gens à rester assis à regarder des ordinateurs en attendant que quelque chose se passe.


  5. Beaucoup de journaux électroniques sont de petites entreprises indépendantes créées par des savants ou des institutions. Ils peuvent donc être instables financièrement ou avoir du mal à attirer ou développer un réseau de services client, à engager du personnel et à avoir une production suffisante pour offrir un niveau de qualité d'édition savante dans l'environnement en ligne.

  6. Enfin, les structures sociales, économiques et légales de l'édition traditionnelle sont, à raison, puissantes. La loi sur la propriété intellectuelle, les méthodes de récupération des frais et l'autorisation d'utilisation sont toutes des questions difficiles qui ne seront réglées que progressivement. Par exemple, quelles sont les contraintes légales et éthiques sur les "citations" dans les publications en réseau? Quand peut-on établir un lien vers un autre site, quand peut-on incorporer une image ou un fichier vidéo d'un autre site sur sa propre page personnelle? Il semble y avoir quelques vraies limites à la loi dans ces domaines, et le procès actuel qui implique Microsoft et Ticketmaster tend à compliquer la situation plutôt que la clarifier. (Pour un débat plus approfondi sur le problème des licences, les modèles de la récupération des frais, aller sur le site LIBLICENSE à l'adresse http://www.library.yale.edu/~okerson/alo.html ou à son site miroir en Europe : http://www.enssib.fr/miroir/okerson /)


Cela dit, aucune liste des obstacles n'est complète sans observer que beaucoup est effectivement réalisé.


En Résumé



  1. Premièrement, les possibilités sont sans fin.

  2. Deuxièmement, dans le monde actuel, les possibilités sont exploitées d'une manière beaucoup moins importante que ce que l'on pourrait attendre d'un petit nombre de journaux électroniques.

  3. Troisièmement, les raisons de cet écart entre les possibilités et la réalité sont divisées entre les aspects techniques et ce que nous pourrions appeler les aspects socio-culturels. Les obstacles techniques sont liés aux normes spécifiques et aux possibilités. Les obstacles sociaux impliquent le climat dans lequel évolue la communication savante et scientifique. Par exemple, la résistance d'auteurs à publier sur un support dont le prestige n'a pas encore rattrapé leurs propres ambitions.


   Je termine donc en suggérant que nous devons à la fois préconiser et admirer le journal électronique comme il est maintenant et pour ce qu'il deviendra. Il est capable, comme beaucoup des choses que nous avons démontrées aujourd'hui, d'accomplir beaucoup aujourd'hui et plus dans un avenir proche. En même temps, nous avons besoin de maintenir une perspective qui nous laisse voir dans quel remarquable changement nous sommes engagés. Il nous permet d'apprécier ses nombreux avantages même quand ils sont imparfaits et nous donne de l'inspiration pour avancer avec résolution.


Bibliographie



  1. Steve Hitchcock, Leslie Carr and Wendy Hall, Multimedia Research Group, University of Southampton, "A survey of STM Online Journals 1990-95: the Calm Before the Storm.", http://journals.ecs.soton.ac.uk/survey/survey.html

  2. Peter Graham, "Report of the Committee on Electronic Publishing and Tenure, April 11, 1997.", http://aultnis.rutgers.edu/texts/ept.html

  3. Clifford Lynch, "Technology and its Implications for Serials Acquistion," AGAINST THE GRAIN, February 1997: 34+ (Adapted from a talk given at the Charleston Conference, November 1996)

  4. Andrew Treloar, School of Computing and Mathematics, Deakin University, "Hypermedia Scholarly Publishing and the World Wide Web." Paper presented at the Victorian Association for Library Automation (VALA) 1996 Biennial Conference, Melbourne, January 1996., http://www.deakin.edu.au/~aet/vala96/presentation.html, Last updated June 5, 1996.




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Traduction faite le : 2/03/98
Par Sara Aubry et Hervé Le Crosnier