L'utilité des listes de diffusion

Serge Aumont,
Comité Réseau des Universités (CRU), Rennes
Serge.Aumont@cru.fr

Hervé Le Crosnier
Modérateur de BIBLIO-FR
Maître de conférences à l'Université de Caen
Herve.Le_Crosnier@info.unicaen.fr


CRU : http://www.cru.fr
Francopholistes : http://www.cru.fr/listes/
BIBLIO-FR : http://www.cru.fr/listes/BIBLIO-FR@cru.fr/



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Hervé Le Crosnier

Ceux d'entre vous qui étaient présents au tout début de la liste se rappellent qu'on a commencé BIBLIO-FR de façon tout à fait artisanale avec des copies carbone (CC) dans des courriers. Cela ne pouvait pas durer. Si on n'avait pas rencontrer les gens du CRU, Comité Réseau des Universités, Serge Aumont et Odile Germès, BIBLIO-FR n'aurait jamais pu vivre.

Serge a su à l'époque faire fonctionner toute l'infrastructure technique de BIBLIO-FR, puis d'autres listes de diffusion. Il a ensuite développé un service qui s'appelle Francopholistes, qui est pour nous bibliothécaires, l'annuaire indispensable des listes de diffusion francophones.

Sans Serge, sans Odile et le CRU, il n'y aurait jamais eu BIBLIO-FR et je tiens à les remercier.

Serge Aumont

Qu'est-ce que le CRU ? C'est une petite cellule technique de quatre personnes (la quatrième personne, Olivier Salaün, s'occupera à plein temps des listes de diffusion ). Les missions du CRU sont très larges : elles concernent les réseaux de l'enseignement supérieur et de la recherche.

Nous proposons un annuaire de listes de diffusion en deux parties qui sont emmêlées, mais qu'il conviendrait parfois sur un plan stratégique de séparer :

On nous demande souvent pourquoi le CRU s'occupe des dentistes suisses. On ne s'occupent pas des dentistes suisses, on les a mentionnés dans notre catalogue. De même France Télécom ne s'occupe pas des plombiers, mais on les trouvent dans les pages jaunes.

Dans cet annuaire de listes de diffusion, on peut mesurer quelques chiffres. Un annuaire homologue des listes de diffusion de langue anglo-saxonne compte 80 000 listes. Les plus grosses listes de diffusion comptent 200 000 abonnés. Le CRU répertorie 500 listes, les plus grosses listes comptent 10 000 abonnés. Le CRU gère environ 1 500 000 messages par mois.

On nous demande souvent pourquoi le CRU héberge telle ou telle liste, si c'est encore dans nos missions d'héberger une liste comme BIBLIO-FR. Oui, c'est encore dans nos missions parce qu'il n'y a pas trop d'alternatives non commerciales pour l'hébergement de services comme BIBLIO-FR, qui a lieu d'être sur le service public.

On peut distinguer les phases fonctionnelles d'une liste de diffusion :

  1. les abonnés
  2. le propriétaire ou le responsable de la liste de diffusion (Hervé Le Crosnier est propriétaire de la liste de diffusion BIBLIO-FR, c'est un espace qu'il a créé et il vous a convié dans cet espace. Il a mis en place des règles de fonctionnement qui vous permettent de vous approprier cet espace, mais pas de transgresser les règles. Parmi les règles, qui ne sont peut-être pas écrites, mais qui sont des règles pratiquées, il a donné la possibilité de discuter des règles elles-mêmes. Cela ne vous permet pas de changer le sujet de la liste, d'installer vos préoccupations, sans l'accord de qui que ce soit.
  3. un service d'archivage, qui n'est pas limité aux listes de diffusion que nous hébergeons. On a des archives pour d'autres listes, archives qui sont construites automatiquement. Pour cela, on abonne une adresse spécifique et une adresse d'archiviste, et les message reçus à cette adresse sont insérés dans les archives.

Sur un aspect un peu plus technique, nous travaillons au développement du moteur de listes de diffusion Sympa. (Pour une présentation de ce système : http://listes.cru.fr/sympa/sympa.html). C'est un moteur d'origine institut Pasteur, sur lequel on fait des développement. On a la garantie de pouvoir, en 5 mois à plein temps, passer à une nouvelle version du logiciel, avec de nouveaux services. Nous allons proposer de nouvelles options :

Des pages qui permettent de gérer la liste ne sont accessibles que par le propriétaire de la liste. On va trouver dans ces pages un certain nombre d'information statistiques, le paramétrage de la liste (le message de bienvenue), la liste des abonnés (avec la date d'abonnement des gens, sur laquelle on va pouvoir baser le service de demande de confirmation).

On propose aussi au propriétaire de la liste de ne plus recevoir dans sa boîte aux lettres les rapports d'anomalie concernant la diffusion des messages. Mais on se propose nous de les garder, de les centraliser sur une interface web et de prémacher l'analyse.

Hervé Le Crosnier

Pour vous donner un exemple : si 10 personnes ont une adresse erronée, multiplié par 10 messages, cela fait 100 messages qui reviennent dans ma boîte. Je reçois chaque jour entre 100 et 200 messages qui me reviennent, parce que la messagerie de ces personnes ne marche pas, ce jour-là précisément ou parce que l'adresse n'existe plus. Le système ne fait pas la différence.

Serge Aumont

Parfois vous recevez des messages qui sont illisibles ; la plupart du temps, c'est dû au fait que certains systèmes ne peuvent toujours pas recevoir correctement un message contenant des lettres accentuées. Parfois, l'envoi de messages à quelques dizaines d'abonnés est accompagné d'erreurs dues aux systèmes distants mal configurés, aux abonnés qui changent d'adresses, aux anomalies transitoires du réseau, etc. Cela peut provoquer des insanités, qu'on appelle des bounces en jargon d'informaticien.

Deux articles ont été écrits par le CRU pour apprendre à lire des messages qui paraissent à première vue illisibles : les accents (http://www.cru.fr/listes/apropos/accents.html) et comment lire les bounces (http://www.cru.fr/listes/atelier/bounce.html).

Il y a aussi le spam, techniquement appelé "publicité non sollicitée." Le spam est une marque déposée de cochonneries, de charcuterie anglaise, que la population ne voulait même pas manger, alors qu'elle n'avait que ça pendant la guerre, en Angleterre. Ce mot a été retenu pour symboliser ce que l'on impose aux gens et que les gens ne veulent pas.

Vous trouverez de nombreux articles sur le spam sur le serveur du CRU (http://listes.cru.fr/admin/) . Un article de Stéphane Bortzmeyer sur le spam : http://www.pasteur.fr/other/computer/JRES97/AntiSpam/

J'ai fait une enquête sur l'origine du spam, qui a révélé que les abonnés à des listes de diffusion sont beaucoup moins victimes de spam que les utilisateurs de news ou ceux qui publient leur adresse dans un serveur web.

Vous pouvez aussi parfois tomber sur des messages d'erreur qui sont difficiles à décortiquer. Ces messages peuvent être classés en plusieurs catégories, dont la conséquence est celle des messages envoyés à cause d'adresses erronées. Pour remédier à ce problème, nous avons mis en place un outil, qui permet de "rassembler" les messages d'erreurs, et après confirmation, on peut supprimer cette adresse de la liste des abonnés.

Ces outils sont développés en fonction des besoins des propriétaires de listes, que nous hébergeons, mais aussi dans le souci de distribuer ces outils de deux façons :

Je fais de la publicité pour ces techniques parce que je pense que l'originalité d'internet par rapport à des services comme le Minitel vient de la création d'un fonctionnement communautaire, de la création de communautés : ce sont le mail sur vos postes de travail, les listes de diffusion, les news, les forums w3 et les chats. Tous ces services font qu'on peut s'accaparer un espace, et construire des communautés.

Au début des années 1980, le premier service qu'on a mis en place était celui des listes de diffusion pour s'envoyer des bouts de codes. C'était le premier groupware. Après quelques années, quand ces listes de diffusion ont commencé à bien marcher, les gens qui étaient dans ces listes, ont éprouvé le besoin de se rencontrer régulièrement. Les Rencontres de BIBLIO-FR en sont un exemple type. L'usage des listes de diffusion sur internet, loin d'isoler les gens les uns des autres, crée des besoins de se rencontrer. Les gens qui font du réseau dans mon université ne sont pas ceux qui sont toujours enfermés, mais au contraire, ceux qui se déplacent le plus, qui vont le plus au devant de collègues.

J'aimerais recevoir de votre part des suggestions sur le profil et les utilisations possibles du service, notamment sur le service où on propose de créer des modes d'emploi pour créer des listes de diffusion. Le CRU peut créer des listes, quand nous avons affaire à des besoins universitaires identifiés. Mais quand ce n'est pas le cas, on redirige les gens vers une page qui contient des solutions et des informations sur la façon de créer une liste de diffusion.

Débat

Serge Aumont

Le CNUSC (Centre National Universitaire Sud de Calcul - http://w3.cnusc.fr/) est placé sous la tutelle du Ministère de l'éducation nationale, de la recherche et de la technologie. Une de ses mission est d'être un centre serveur du réseau des bibliothèques universitaires.

Le CRU est une cellule technique, qui a priori n'a pas de missions d'exploitation. On se trouve un peu coincé, par rapport à l'importance qu'a pris le service et on essaye de trouver des solutions de relais de plusieurs types :

Le CNUSC a été sollicité pour être une ressource d'hébergement de listes universitaires, enseignement supérieur et recherche. Ils sont en train de monter un service basé sur les produits que je vous ai présentés.

Hervé Le Crosnier

Dans une liste de diffusion, il y deux aspects :

Pour apprendre l'aspect technique, Serge organise régulièrement avec le CRU deux jours de formation, où il apprend aux gens, à partir d'un PC vierge, à monter le système UNIX, à installer le logiciel sympa, à créer une interface, et à gérer leur propre service informatique de listes de diffusion. Cette formation s'adresse particulièrement aux informaticiens des bibliothèques. Ce qui va être difficile, c'est de trouver dans les villes, les universités, des gens qui vont accepter cette charge. De nombreux partenaires existent, à qui le CRU pourra vous renvoyer, ce qui vous permettra de vous occuper uniquement de l'aspect social de la liste et de décharger l'aspect technique à des informaticiens.

L'aspect social demande peut-être une autre formation, un autre débat. Les Rencontres et l'expérience de suivi de cinq ans d'une liste, sont des moyens d'apprendre à gérer l'aspect social.

Serge Aumont

Vous pouvez gérer une liste en tant que responsable de cette liste, à condition de trouver un centre d'hébergement. Vous gérerez les contenus, la dynamique de la liste. Si vous cherchez un centre d'hébergement, il faut vous adresser à un centre informatique : vous pouvez vous adresser à votre université, au CNUSC, etc. Voir à l'adresse http://www.cru.fr/listes/apropos/pasdesouslistes.html, le CRU explique pourquoi ils sont résolument contre l'utilisation de sous-listes de diffusion. ]

Hervé Le Crosnier

Est-ce qu'il est souhaitable de créer ce genre de sous-listes ? Je pense que c'est souhaitable, parce que cela permet de créer des communautés nouvelles. Il n'y a pas de contradiction entre le fait d'avoir une liste généraliste et le fait d'avoir des listes spécialisées, soit par domaine, soit par situation géographique. Par exemple, il y a de plus en plus de demandes de prêt inter-bibilothèques : il me semble qu'une liste spécifique sur ce problème, avec des personnes aptes à répondre à ces question, serait très utile et soulagerait BIBLIO-FR.

Une liste comme BIBLIO-FR ne peut pas aller au delà de 10 à 15 messages par jour. Cette liste a toujours eu la volonté d'être une liste de formation, elle accueille des gens qui viennent d'arriver sur internet, notamment dans notre profession. On ne peut pas les noyer sous le mail, c'est le meilleur moyen de les dégoûter.

De ce point de vue, diviser pour avoir des aspects thématiques et conserver ce qui est la problématique commune me semble souhaitable. De plus, c'est une très bonne expérience personnelle de gérer une liste de diffusion et je vous souhaite de le faire.

Serge Aumont

Le CRU crée énormément de listes de diffusion. J'ai appris au moment d'en créer une à ne pas me poser trop de questions. Je n'ai jamais su prévoir si une liste allait être pertinente ou non pertinente. Cela dépend un peu du hasard, beaucoup de l'investissement de la personne qui va donner le ton initial à la liste et qui va s'accrocher pour le maintenir. Si la liste ne marche pas, tant pis ! C'est toujours une expérience intéressante.

Jacques Ducloy

Le problème avec les petites listes, est que, quand il y a peu de messages, il faut savoir la relancer. Ce n'est pas toujours évident parce que le modérateur à tendance à se démotiver.

Intervention de la salle

Ce que je trouve fabuleux dans une liste de diffusion comme BIBLIO-FR, c'est qu'il y a des entités professionnelles relativement différentes, même si la frontière entre bibliothécaires, documentalistes, etc. devient relativement transversale. Je pense que si aujourd'hui, on décide de diviser les listes en sous-listes, on va donner priorité à la structure et non aux hommes et aux femmes. La fertilisation des compétences avec des réactions permet de mailler des mondes qui d'habitude ne se parlent pas et dans lesquels on peut trouver des échanges et des informations extrêmement intéressants. Il faut donc éviter le morcellement de listes de diffusion.

Lise Herzaft, URFIST de Lyon

BIBLIO-FR traitant de tous les problèmes auxquels les bibliothécaires sont confrontés, est une liste importante. A l'Université de Lyon, nous travaillons avec des informaticiens qui ne sont intéressés que par un ou deux aspects de notre métier (les réseaux de CD-ROMS par exemple). Pour ce sujet, nous avons créé une liste spécifique.

Françoise Boudet-Bône, INRA Versailles

Je gère une liste de diffusion modérée, interne à l'INRA, destinée aux professionnels de l'IST de l'institut. Plus d'une centaine de personnes sont abonnées. Actuellement, aucun robot de liste de diffusion n'a été installé et je gère cette liste de façon "manuelle" à l'aide d'un logiciel de messagerie sous Unix. Les archives des messages sont régulièrement installées sur notre intranet grâce au logiciel MHonArc.

Serge Aumont

En ce qui concerne la gestion manuelle d'une liste de diffusion, cette gestion s'avère vite lourde dans une population ouverte. Vous pouvez installer un robot de listes, même si vous n'avez qu'une liste à gérer. Le logiciel de robot de listes est un logiciel libre et gratuit, qui peut être téléchargé du site du CRU.

Hervé Le Crosnier

Quand on parle de morceler les listes, il faut nuancer les propos. Vos interventions me font penser à deux choses :

Je vous encourage à créer votre liste, tout d'abord parce que si vous faites trash bin, ce n'est pas grave ; cela permet ensuite de resituer le regard qu'on a sur tout le reste. On ne peut pas strictement parler de l'interactivité, de l'interaction, de l'interréseautage, sans l'expérimenter vraiment dans les relations humaines médiées par les ordinateurs : c'est un gros avantage des listes de diffusion. Si vous voulez créer des projets coopératifs, c'est par le biais d'une liste de diffusion que ça marchera. Faites-le même à l'échelle locale, départementale, à l'échelle de vos collègues, de votre syndicat, de votre association, il restera de toute façon suffisamment de place pour des listes généralistes comme ADBS-INFO ou BIBLIO-FR.

Ghislaine Chartron, URFIST de Paris

J'adhère complètement à l'idée que la liste de discussion puisse être un catalyseur pour amorcer un processus de coopération. Mais je voudrais aussi qu'on soit conscient du fait que cela prend du temps, regardez l'heure à laquelle Hervé Le Crosnier fait souvent passer les messages. Une liste de diffusion est un outil de formation, qui doit aussi faire partie du temps de travail. Cela ne doit pas être fait uniquement sur la base du volontariat en dehors des heures de travail.


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Dernière mise à jour : 15 janvier 1999
Contacts : Serge.Aumont@cru.fr et Herve.Le_Crosnier@info.unicaen.fr