les journaux électroniques
- L'augmentation des prix des revues et les monopoles -

Jean-Michel Salaün,
Maître de conférences, ENSSIB
salaun@enssib.fr




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Il y a des abus de position de monopole en matière de publication scientifique. Mais la notion de monopole est inhérente, c'est cela qu'il faut aussi comprendre, à la communication scientifique. Un article scientifique, c'est un prototype. Et donc une revue, c'est aussi un monopole. Le fait qu'il y ait tout le système des citations accentue ce système de monopole. L'ISI (Institute for Scientific Information) est un thermomètre un peu comme il y a Médiamétrie pour la télévision, mais c'est aussi un thermomètre qui donne la fièvre puisque, à partir du moment où une revue est bien cotée, les meilleurs auteurs vont vouloir être dans cette revue et donc la revue sera encore plus cotée. Il y a des phénomènes de monopole mais qui sont structuraux. Ils sont utilisés de façon tout à fait abusive par certains éditeurs commerciaux. Je crois qu'il ne faut pas considérer que, une fois qu'on aura réussi (si on y arrive un jour) à faire plier Elsevier, on aura gagné la partie. Il y a une véritable crise de la communication publiée au niveau scientifique qui va au-delà de l'utilisation qu'en font un certain nombre d'éditeurs commerciaux.

Si on regarde les revues les plus cotées, elles ne sont pas toujours éditées par des éditeurs commerciaux, mais bien souvent par des sociétés savantes américaines. On a cité l'American Chemical Society qui a aussi une politique de prix qu'on peut discuter : même si elle ne va pas au niveau de celle d'Elsevier, elle a quand même une politique de prix qui montre un certain nombre d'augmentations. Du côté des chercheurs, des bibliothécaires ou des éditeurs européens, il y a des questions sur la place qu'ont prise les sociétés savantes américaines dans la publication de la recherche internationale. Et ça aussi, c'est un facteur important d'inflation des prix dont il faut bien se rendre compte. C'est un facteur important, à la fois directement au travers des sociétés savantes, mais indirectement dans la mesure où un certain nombre de sociétés savantes ont délégué aux éditeurs commerciaux cette activité-là.

Il y a quelques chercheurs qui parlent beaucoup et qu'on entend beaucoup prôner l'idée que, aujourd'hui, la communauté scientifique devrait s'éditer toute seule en utilisant les possibilités de l'électronique et que, ainsi, on serait sauvés. Je crois que c'est là encore, en partie une illusion même si un certain nombre de pratiques démontrent que dans certaines communautés comme la physique nucléaire, les choses marchent. A l'ENSSIB, il se trouve qu'on a beaucoup d'historiens du livre, et chaque fois qu'on dit cela, ils nous rappellent qu'au xive siècle, on avait exactement le même discours, ou qu'au xviie, on avait le même, et que cela s'est terminé toujours de la même façon : pendant un temps, un groupe de chercheurs a effectivement ouvert de nouvelles possibilités, de nouvelles portes, de façon autonome, mais que, au bout d'un moment, ils se sont rendu compte que ce n'est pas leur travail. Eux sont là pour chercher, pour écrire des articles, mais pas pour publier. A partir du moment où on raisonne dans la durée, il y a un certain nombre d'éditeurs dont le métier est de publier avec des régulations qu'on peut discuter. Il y a réellement une crise, en ce moment, entre le système de relation entre l'édition et les bibliothèques, entre le système d'édition type revue et le système de circulation des articles scientifiques.


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Dernière mise à jour : 15 janvier 1999
Contact : Jean-Michel Salaün