Séance inaugurale

Véronique CHATENAY-DOLTO
Directrice adjoint du livre et de la lecture
Ministère de la culture et de la communication




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Plan

1. Définir une nouvelle médiation dans les bibliothèques publiques

1.1. La formation des bibliothécaires et les usages
1.2. Constitution des collections numériques et choix des sites destinés aux usagers


2. Les aides financières du Ministère de la culture

2.1. En matière d'équipement multimédia
2.1.1. Les limites du dispositif existant en matière d'aide à l'équipement multimédia
2.1.2. Le projet d'extension du dispositif vers le multimédia : la révision de la 2ème part
2.1.3. Un dispositif pour les petites bibliothèques en zone rurale : l'appel à projets conjoint DATAR - ministère de la culture et de la communication

2.2. En matière de numérisation
2.2.1. Les dispositifs d'aides existants
2.2.2. Un grand projet fédérateur : le plan de numérisation du patrimoine des bibliothèques publiques

2.3. En matière de personnel et d'acquisitions


3. Le rôle de la direction du livre et de la lecture en matière de conseil

3.1. La diffusion de conseils techniques
3.2. La collecte d'informations sur l'équipement informatique et les réalisations en matière de numérisation
3.3. L'importance de la normalisation des langages descriptifs





    Avant tout, je souhaite remercier Hervé Le Crosnier à la fois pour l'organisation de ces rencontres et pour le travail de modération qu'il mène depuis quatre ans sur la liste « Biblio-fr ». Je voudrais également remercier Michel Melot et Jacques Faule pour leur rôle de précurseurs dans la création de Biblio-fr. L'existence de ce forum permanent d'échanges entre professionnels francophones de la culture et de la documentation va dans le sens de la circulation démocratique de l'information qui se situe au coeur de l'action gouvernementale.

Les abonnés de la liste, présents aujourd'hui, et qui sont les messagers des techniques nouvelles dans leurs établissements et réseaux, savent que ces innovations représentent à la fois des chances et des risques pour les services rendus aux publics. Je vous rappellerai donc ici les objectifs et les moyens que s'est donné le ministère de la culture et de la communication pour soutenir la mise en place de ces nouveaux services.

1. Définir une nouvelle médiation dans les bibliothèques publiques.

Selon les plus récentes études, le taux d'équipement des ménages en ordinateurs multimédia ne dépasse pas 8% en France. L'expérience des pays les mieux équipés, comme les états-unis et le Canada ou les pays scandinaves suggère que ce taux, même s'il augmente prochainement, demeurera pour longtemps inférieur au taux d'équipement audiovisuel. Ces pays l'ont bien compris, qui ont très vite confié aux bibliothèques une mission de formation et de diffusion des techniques nouvelles. En France aussi, les bibliothèques publiques devront prendre une part active dans la lutte pour l'égalité d'accès aux nouvelles formes de la culture de l'écrit. Ces actions en quelque sorte individuelles bénéficieront de l'aide de l'état, à plusieurs niveaux; mais l'état accordra en outre une attention particulière à l'harmonisation des services rendus aux usagers, dans le cadre de l'aménagement du territoire. La direction du livre et de la lecture du ministère de la culture et de la communication entend soutenir cette nouvelle offre, à toutes les étapes de sa mise en place, qui va des formations à l'évaluation.

1.1. La formation des bibliothécaires et les usages.

Les nouveaux modes d'accès et de stockage de l'information ne posent pas seulement, vous le savez bien, des questions techniques ou financières. Ces « nouvelles techniques » donnent accès à de l'information, à des textes, à des images, à du savoir, bref à du contenu. Par là, elles se rapprochent des collections imprimées de la bibliothèque ; en même temps, elles s'en éloignent par la spécificité du support qui appelle un apprentissage. Cette double particularité (proximité et spécificité) exige des bibliothécaires qu'ils mettent toute leur compétence en ¦uvre dans ces nouveaux services, que ce soit dans le domaine de la formation des utilisateurs ou dans celui de la constitution des collections. Les mêmes exigences de qualité, de neutralité et d'égalité d'accès doivent, à l'évidence, s'appliquer ici comme pour tous les services de la bibliothèque.

La formation des utilisateurs commence par la formation des bibliothécaires. Il y a là un long chemin à faire, que l'IFB et l'ENSSIB ont commencé à explorer et qu'il faut poursuivre. La culture informatique a désormais trouvé sa place dans la culture professionnelle des bibliothécaires : il faut désormais l'élargir et considérer que la mise à disposition de ces nouveaux modes d'accès à l'information fait partie des services de base que la bibliothèque doit offrir. Ce qui signifie que la formation à ces services doit relever de la formation de base des bibliothécaires. Il y a là un enjeu évident en matière de formation continue.

Je parlais d'apprentissage : le bibliothécaire n'est plus le « maître de lecture » qu'il était jadis. Mais il peut, il doit, être le guide, le passeur, le pédagogue de cet accès à l'information. Les usages des publics sont, vous le savez, divers et quelquefois déroutants : l'enquête menée sur les usagers d'Internet à la BPI a montré que la plupart d'entre eux l'utilisent pour apprendre à s'en servir et non pour faire des recherches : ils s'intéressent aux tuyaux plus qu'au contenu. Il convient que les bibliothécaires accompagnent les usagers dans cet apprentissage mais aussi, sans doute, qu'ils leur fassent découvrir une utilisation véritablement documentaire - et donc qu'ils facilitent l'accès à cette information, comme ils le font pour les autres supports. Pour poursuivre cette analyse des usages, une nouvelle étude est menée par la direction du livre et de la lecture, en 1998, sur les « Usages et représentations des nouvelles technologies dans les bibliothèques ». Son suivi scientifique sera assuré par le Service Etudes et recherche de la BPI.

Le risque principal en la matière consisterait à n'offrir ces nouvelles sources de culture et d'information qu'à des publics en quelque sorte « déjà acquis » à ces pratiques, voire même déjà « pratiquants ». Les études devront éclairer cet aspect de la question et permettre d'éventuelles adaptations. Cependant, la constitution des collections et des services en ligne s'appuie sur une méthode et des moyens que je me permettrai de rappeler ici et qui devraient permettre d'atteindre le plus vaste public.

1.2 Constitution des collections numériques et choix des sites destinés aux usagers

L'un des buts de la formation des bibliothécaires aux techniques nouvelles, c'est naturellement, la maîtrise des acquisitions de documents numériques et la sélection de sites distants. En matière de disques optiques, le parallèle avec les documents imprimés s'impose spontanément. L'exigence d'offrir des collections diversifiées, pluralistes et renouvelées n'achoppe sur aucun obstacle technique.

Les bibliothécaires disposent d'outils pour ces opérations de veille (catalogues de disques numériques, répertoires de sites), déjà bien connus ou qui font l'objet de formations. La méthode d'acquisition des disques numériques correspond assez largement à celle des imprimés. Il est vrai que choix des bibliothécaires, toujours dans l'optique du pluralisme déjà évoquée, repose sur des bibliographies courantes qui peuvent paraître insuffisantes dans le domaine numérique. Notons cependant qu'en relançant le « Bulletin critique du livre français », la direction du livre et de la lecture avait pour objectif d'ouvrir cette publication bibliographique aux supports nouveaux, qui ont bien été pris en compte depuis lors.

En amont des opérations de sélection et d'acquisition, la particularité des disques numériques ouvre des possibilités nouvelles en terme de contenus, par rapport à l'imprimé. Tout d'abord, l'offre des éditeurs français en la matière se caractérise par l'importance des cédéroms culturels, et il n'est pas interdit de voir là une conséquence de la politique menée par le gouvernement dans les années 80. Par le soutien qu'elle a accordé aux industries culturelles, cette politique a pu susciter une demande de qualité et encourager les producteurs dans leurs projets. Plus précisément, le Centre national de la cinématographie poursuit ses interventions dans le domaine de l'édition numérique et le Centre national du livre bénéficie d'un budget spécifique, en augmentation cette année, dans le but de compléter les actions du Centre national de la cinématographie en matière d'écriture multimédia. Il n'est pas exclu qu'une labélisation de produits soutenus par le ministère de la culture puisse favoriser leur diffusion dans les bibliothèques publiques, à l'instar du secteur audiovisuel.

Mais les bibliothécaires demeurent maîtres de leurs choix, conformément aux compétences qui leur sont statutairement reconnues. Les bibliothécaires accorderont spontanément une attention particulière à l'édition multimédia dans le domaine culturel, conformément d'ailleurs à l'attente du public. Toutefois, la seconde caractéristique de l'offre de documents hors-ligne, réside dans la quantité de documents relatifs au monde de l'économie et de l'entreprise, à caractère pratique ou à visée plus didactique, voire scientifique. En novembre dernier, la direction du livre et de la lecture a réuni un séminaire international ayant pour thème « les bibliothèques et l'information sur l'emploi ». Tout en insistant sur la complémentarité des supports, les participants ont souligné l'importance des documents numériques dans l'information à caractère économique. D'un coût parfois élevé, et difficilement accessible en dehors de centres documentaires spécialisés, cette information, à mon sens, devrait faire l'objet de plans d'acquisition et d'une diffusion par les bibliothèques publiques qui affirmeraient ainsi leur rôle dans l'autoformation et l'ouverture sur le monde de l'économie.

Mais l'information pratique et économique repose également sur les accès en ligne, comme d'ailleurs l'information civique qui connaît en France un développement régulier depuis le programme défini par le Premier ministre lors de son discours d'Hourtin en juillet 1997, concrétisé par le programme d'action gouvernementale du 16 janvier 1998. A la différence des supports hors ligne, la gestion des réseaux Internet par les bibliothèques exige, on l'a vu, des formations et outils spécifiques. La principale difficulté réside dans la quasi impossibilité technique pour les établissements de contrôler tous les accès au niveau des postes mis à la disposition de leurs usagers. Dès lors, faut-il laisser au public la totale maîtrise de l'utilisation ? Autant que la technique le permette, il ne semblera pas choquant de bloquer les accès aux serveurs pornographiques, ou prônant l'intolérance religieuse ou raciale.

Mais, de manière bien plus positive, le rôle des professionnels consiste surtout à assister le public dans ses démarches, à élaborer des conseils. Dans le cadre d'une attention constante aux ouvertures de nouveaux sites et aux évolutions et transformations, on veillera donc à regrouper ceux-ci dans les deux grands domaines définis plus haut, les services à vocation culturelle, créative, et les services à caractère pratique, civique et économique. Ces listes de services feront l'objet d'affichage et naturellement de recommandations lors des sessions de formations pour le public. La même logique pourrait conduire à mentionner des catégories de sites dans le document définissant la politique documentaire de la bibliothèque. Dès lors, me semble-t-il, le spectre de la censure serait écarté au double niveau de la surveillance des utilisateurs, et des éventuels reproches en provenance de l'autorité de tutelle.

Si l'acquisition de produits numériques commercialisés ou diffusés par des organismes publics ou privés représente une part importante de l'offre des bibliothèques, celles-ci disposent également, grâce à la simplicité d'utilisation de ces techniques nouvelles, d'un rôle nouveau en matière de production d'information. La numérisation de leurs collections patrimoniales répond à la demande ancienne, mais toujours plus importante, d'un public soucieux de mémoire collective. Comme je vais l'exposer maintenant, le ministère de la culture a ainsi soutenu financièrement plusieurs projets de numérisation des collections régionales d'imprimés et de manuscrits. Il souhaite que ces opérations s'inscrivent désormais dans une logique globale, à laquelle répond un ensemble de mesures en matière budgétaire et organisationnelle.

2. Les aides financières du Ministère de la culture

Depuis la décentralisation, le soutien financier apporté par l'Etat aux collectivités territoriales en charge de bibliothèques publiques passe essentiellement par une enveloppe budgétaire spécialement destiné aux bibliothèques au sein de la dotation générale de décentralisation : le concours particulier.

La première part de cette enveloppe (110 MF en 1998) sert notamment à compenser une partie des dépenses des communes pour le fonctionnement de leur bibliothèques (salaires, acquisition, fournitures, reliures...).

La deuxième part (204 MF en 1998) permet de subventionner sur projet respectant des normes précises les opérations de construction, d'extension ou de rénovation des bibliothèques municipales - y compris les annexes de quartier, d'équipement mobilier et informatique, ainsi que les achats de bibliobus et tous les travaux visant à améliorer les conditions de conservation des fonds patrimoniaux. Le taux de financement de l'Etat peut varier entre 20 et 40% de la dépense subventionnable, en fonction de critères multiples. Il s'établit en moyenne à 38%.

La troisième part (60 MF en 1998, hors reports) a été créée en 1992 pour cinq ans ; elle est destinée à la construction et à l'équipement des bibliothèques municipales à vocation régionale.

Par ailleurs, des financements complémentaires peuvent être accordées par le ministère de la culture sous forme de programmes spécifiques ou par l'intermédiaire de ses établissements publics.

2.1. En matière d'équipement multimédia

Comme je viens de l'indiquer, c'est la deuxième part du concours particulier des bibliothèques municipales qui est en jeu pour les investissements. Une interprétation stricte des règles en vigueur limite jusqu'à maintenant les dépenses informatiques qui peuvent être subventionnées par l'Etat dans le cadre du concours. En effet, pour l'équipement informatique, les aides portent principalement sur l'acquisition d'un système intégré de gestion de bibliothèque et de matériels et de logiciels dédiés à la bibliothèque.

Il est donc apparu nécessaire d'adapter la deuxième part aux nouvelles technologies, en modifiant les règles d'attribution de ces crédits. C'est l'objet des discussions qui sont actuellement menées avec deux autres ministères, le ministère de l'Intérieur et celui du Budget.

L'avancement de ces discussions ne me permet pas de vous faire connaître aujourd'hui des décisions définitives en la matière. Aussi, même si nos premiers contacts avec le ministère de l'Intérieur laissent espérer une issue favorable, les orientations que je vais vous présenter devront encore être considérées comme des projets.

Le ministère de la culture et de la communication souhaite que l'Etat puisse dorénavant aider les villes à mettre en place de nouveaux services multimédias en subventionnant les acquisitions :

Un appel à projets sera officiellement lancé courant avril par la ministre de la culture et par la ministre chargée de l'aménagement du territoire au bénéfice des relais livre en campagne et des bibliothèques de communes ou groupements de communes de moins de 5000 habitants situées prioritairement en zone rurale.

Les objectifs en sont de permettre aux petites bibliothèques en zone rurale d'acquérir et d'installer des ordinateurs multimédias communicants ainsi que les logiciels nécessaires à la consultation ou de compléter une offre multimédia existante. Ces bibliothèques devront s'équiper d'ordinateurs multimédias et disposant de modems, qui seront reliés à des imprimantes et éventuellement à d'autres périphériques (par exemple numériseurs ou tours de cédéroms).

Grâce aux modems, ces ordinateurs devront être reliés au réseau internet qui viendra en complément des supports optiques. Les bibliothèques disposeront si possible d'une page d'accueil sur un serveur, éventuellement celui d'un partenaire ou de leur prestataire d'accès, afin de présenter leurs services. Elles alimenteront régulièrement cette page d'accueil en annonçant les activités qu'elles organisent. Elles auront une adresse électronique professionnelle qui leur servira, entre autres choses, à répondre aux demandes d'information.

Ces bibliothèques devront enfin répondre à des critères précis d'ouverture hebdomadaire et d'emploi de personnel qualifié.

2.2. En matière de numérisation

Avant de présenter le plan de numérisation que le Ministère de la culture projette de mettre en oeuvre, je souhaite d'abord vous parler des dispositifs ou des programmes existant qui peuvent intéresser à divers titres les bibliothèques en matière de numérisation.

Tout d'abord, il existe depuis 1997 un plan de numérisation commun à l'ensemble du ministère de la culture. Géré par la Direction de l'administration générale du ministère, ce plan vise à apporter une aide technique et financière à des projets de numérisation privilégiant l'association de plusieurs types d'établissements relevant du ministère, c'est-à-dire des musées, des services d'archives, des services de l'inventaire, des bibliothèques, voire même des associations selon la loi de 1901.

Ainsi, pour la première année de fonctionnement de ce plan en 1997, la bibliothèque municipale classée de Troyes a bénéficié, en association avec les archives départementales de l'Aube, d'une aide pour la numérisation des manuscrits médiévaux de l'abbaye cistercienne de Clairvaux. Ce plan sera doté en 1998 d'au moins 4 MF de crédits. Un appel public à candidatures vient tout juste de se clore auprès des directions générales des affaires culturelles pour le choix des sites qui bénéficieront de cette aide en 1998.

En outre, le ministère de la culture agit en faveur de la numérisation en bibliothèques par l'intermédiaire de son principal établissement public en la matière, la Bibliothèque nationale de France. En effet, comme Mme Catherine Trautmann l'a rappelé le 9 mars dernier en clôturant les 2ème journées des pôles associés, la politique de coopération nationale de la BNF doit faire une part plus large à des opérations de numérisation partagée. Du reste, la BNF avait lancé dès 1997 un projet de numérisation avec la bibliothèque municipale de Lyon autour des éditions lyonnaises du 16ème siècle. Elle réfléchit actuellement à deux projets qui pourraient intéresser toutes les bibliothèques : la numérisation de documents ayant trait aux voyages et des publications des sociétés savantes françaises du 19ème siècle.

Enfin, j'indiquerai pour mémoire l'action menée par l'Institut de recherche et d'histoire des textes (IRHT) pour la numérisation des manuscrits enluminés médiévaux à partir des campagnes photographiques réalisées depuis 1979, grâce au soutien financier des ministères chargés de la culture et de l'enseignement supérieur. Parallèlement aux diapositives et microfilms réalisés pour les bibliothèques dépositaires des manuscrits, l'IRHT constitue actuellement en interne une base d'images numérisées à partir des matrices qu'il conserve. La nouvelle convention signée en 1997 par l'IHRT et les deux ministères laisse toute liberté aux bibliothèques d'utiliser à des fins de numérisation les reproductions photographiques issues de ce programme.

Toutefois, s'ils ont le très grand mérite d'exister, ces programmes sont différents dans leurs objectifs, limités dans leurs moyens et ne sauraient se substituer à un grand programme national dédié à la numérisation du patrimoine des bibliothèques. Apparaît donc le besoin d'un grand projet fédérateur qui permette à la fois d'aider les nombreuses initiatives qui éclosent en région, tout en les inscrivant dans une cohérence scientifique et technique commune au niveau national.

Répondre à une forte demande de la part des professionnels et veiller à la cohésion scientifique et à la compatibilité technique de l'ensemble des projets aidés, c'est ce double souci qui a conduit le ministère de la culture et de la communication à réfléchir à la mise en oeuvre d'un tel plan dès 1999. Catherine Trautmann a déjà eu l'occasion d'annoncer publiquement ses intentions sur ce point lors de la journée des pôles associés de la BNF le 9 mars dernier ; vous me permettrez donc d'apporter quelques précisions à ce sujet.

Le plan serait financé par la 2ème part du concours particulier des bibliothèques municipales dans le cadre de la réforme que j'ai évoquée plus haut  pour l'équipement multimédia ; sa gestion serait, bien entendu, déconcentrée en DRAC. Pour être aidés, les projets de numérisation devront donc concerner obligatoirement des documents libres de droit et répondre à un cahier des charges techniques qui devra être uniformisé. En outre, ils devront s'inscrire dans des thématiques définies à l'avance au niveau national, en fonction, par exemple, de programmes de reproduction, comme ceux de l'IHRT pour les manuscrits ou de l'ACRPP pour la presse locale.

L'ensemble de ces critères intellectuels et techniques n'est pas encore arrêté et fera l'objet de discussions associant tous les partenaires possibles.

2.3. En matière de personnel et d'acquisitions

Je souhaiterais conclure en parlant des aides que le ministère de la culture pourrait apporter aux bibliothèques de lecture publique pour les acquisitions de documents numériques et la prise en charge des nouveaux emplois liées aux nouvelles technologies.

Ce type de dépenses relève traditionnellement, pour reprendre un vocabulaire budgétaire, de l'aide au fonctionnement. Il s'inscrit donc a priori dans le cadre de la 1ère part du concours particulier de la DGD.

Toutefois, sous l'effet de la multiplication et de l'amélioration des services de lecture publique et de l'augmentation constante du nombre de communes éligibles à ce financement, le taux d'intervention de l'Etat a enregistré une baisse continue : après avoir atteint 6 % en 1989, il dépasse à peine 3 % en 1997.

Le relèvement du niveau de l'aide et un nouveau mode de calcul prenant en compte des objectifs qualitatifs tels que l'importance des budgets d'acquisition ou la part du personnel professionnel au sein de la bibliothèque, sont à l'étude dans le cadre du projet de loi sur les bibliothèques.

Au-delà de la réforme de la 1ère part du concours particulier de la DGD, le ministère de la culture réfléchit à l'éventualité d'une aide que le Centre national du livre pourrait apporter aux bibliothèques pour l'acquisition de documents numériques.

Dans le cadre des emplois jeunes, je rappellerai enfin la possibilité pour les collectivités locales de recruter des médiateurs pour les nouvelles technologies dans les bibliothèques publiques.

3. Le rôle de la direction du livre et de la lecture en matière de conseil

3.1. La diffusion de conseils techniques

Le ministère de la culture et de la communication est prêt à fournir conseil et expertise aux bibliothèques qui le souhaiteraient. C'est ainsi que la direction du livre et de la lecture diffusera dans le cadre de son futur plan de numérisation des modèles de documents, comme un cahier des clauses techniques et administratives. Ce cahier des charges s'inspirera très largement de ceux respectivement adoptés par la BNF et par le ministère pour leur plan de numérisation, afin de permettre la compatibilité des documents numériques produits.

D'ores et déjà, la direction du livre et de la lecture élabore et diffuse un classeur Bibliothèques et informatique destiné à aider les bibliothécaires à rédiger un cahier des charges pour l'informatisation. Il comporte des fiches sur la connexion à internet, sur la mise en réseau de cédéroms et sur la numérisation.

Par ailleurs, le ministère de la culture a ouvert une rubrique sur son serveur à l'occasion de l'organisation par l'Ecole nationale du patrimoine d'un stage sur la numérisation des images. L'adresse en est un peu longue mais elle vous sera communiquée sur biblio-fr prochainement ( http://www.culture.fr/culture/mrt/enp_98/numerisation/index.htm).

3.2. La collecte d'informations sur l'équipement informatique et les réalisations en matière de numérisation

Comme on l'a vu plus haut pour les usages, l'évaluation des services doit s'appuyer sur une collecte d'informations par la direction du livre et de lecture, qui vient de lancer à cette fin une enquête sur l'équipement informatique qui fait suite à celle menée en 1995.

L'accent est toujours mis sur le système de gestion de la bibliothèque et sur les fonctions bibliographiques, mais le questionnaire comporte une nouvelle rubrique consacrée à internet (types d'accès, fournisseur d'accès, coût, nombre de postes de consultation, services offerts) et quelques questions sur la numérisation (dont une portant sur la sous-traitance de cette opération).

3.3. l'importance de la normalisation des langages descriptifs

Comme vous le savez, la numérisation ne conduit pas à la simple reproduction d'un document original ; elle crée un nouveau document qui doit être accompagné de données complémentaires pour pouvoir être identifié, retrouvé et utilisé, surtout s'il s'inscrit lui-même dans une série plus large de documents mis sur les réseaux.

Une question fondamentale me paraît dès lors être celle du traitement descriptif et documentaire des documents numériques, dont la réponse passe inévitablement par la normalisation. De ce point de vue, l'iues publiques. Je reste néanmoins persuadée que la production de nouveaux supports et l'ouverture de nouveaux services relèvent, Mesdames et Messieurs, de votre iniative et de votre créativité, dont les exemples n'ont pas manqué, particulièrement au cours des quatre années d'existence de Biblio-fr.

Je vous remercie de votre attention.


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Dernière mise à jour : 14 avril 1998
Contact : Véronique Chatenay-Dolto