Séance inaugurale :
- Contributions au débat -




retour

Gérald Mazaud, Établissement National d'Enseignement Supérieur Agronomique de Dijon (ENESAD)

Une remarque d'abord : va-t-on assister à une espèce de dilution du rôle de bibliothèque des CDI, voire à une remise en cause de leur existence matérielle ? Je crois que l'enjeu posé par la puissance publique aux CDI, n'est pas tellement d'organiser l'irruption des documents électroniques dans les différents lieux (ce que les professionnels savent faire), mais plutôt d'articuler l'existence de bibliothèques matérielles avec le riche potentiel qu'offrent les documents électroniques des bibliothèques virtuelles. Bibliothèque, c'est biblion " livre " et thêkê " coffre, lieu de dépôt ", c'est la médiathèque publique moderne, où l'on accueille et où l'on met en contact les citoyens avec des objets divers - matériels et virtuels - d'information et de culture.

Les bibliothèques ont une nécessité non pas seulement en tant que maison commune, mais aussi parce ce que ce sont des lieux où s'organisent, d'un point de vue sensible, la construction de la personnalité et de l'identité des citoyens qui s'y rendent.

On y trouve des collections de livres, de revues, de cassettes vidéo, et maintenant de documents numériques. Aujourd'hui, le véritable défi pour la puissance publique, c'est de penser et d'organiser l'articulation entre le nécessaire développement des bibliothèques et l'existence des documents électroniques hors les murs. Évidemment, on peut être tenté de penser qu'un CDI peut se diluer dans les différentes composantes et les différentes fonctions d'un établissement scolaire, par exemple, au point de disparaître tout à fait. Mais est-ce bien raisonnable de le penser ?

Par ailleurs, une question à Mme Chatenay-Dolto :
Est-ce que le ministère de la Culture a une réflexion commune avec le ministère de l'Enseignement supérieur agricole et le ministère de l'Éducation Nationale sur les thématiques professionnelles qui rassemblent les bibliothécaires des différents secteurs ?

Véronique Chatenay-Dolto

Il y a toutes sortes de passerelles et d'interconnexions en matière de réflexion sur la numérisation, programmes qui associent étroitement des entités universitaires et des entités de lecture publique. Les personnels des bibliothèques ont vocation à passer d'un ministère à l'autre. Il n'y a aucun obstacle à une réflexion commune qui est d'ores et déjà entamée.

Gaëlle Béquet, Direction du livre et de la lecture

L'étude est intitulée "Observation et analyse d'usages des réseaux". Elle a été réalisée par quatre chercheurs (Sophie Deshayes, Joëlle Le Marec, Serge Pouts-Lajut, Sophie Tiévant) et soutenue par le Ministère de la culture et de la communication et le Ministère de l'éducation nationale, de la recherche et de la technologie. L'étude est disponible sur demande auprès de la Délégation au développement et à la formation (tel : 01 40 15 78 29 ; mel : theobalt@culture.fr)

Frédérique Molliné, SCD, Université de Lyon 3

Au Service Commun de la Documentation Lyon 3, nous travaillons en réseau depuis janvier 1995, date de l¹implantation de notre premier système documentaire.

La B.U. était répartie sur 5 sites et nous avons tout de suite créé un Service central d¹acquisition et de catalogage (localisation dans BN opale). Nous avons aussi commencé l¹informatisation des bibliothèques de recherche . Faute de financement nous n¹avons à ce jour traité que 12 Bibliothèques Associées sur 30.

Parallèlement à cette démarche, les Bibliothèques universitaires de Lyon au sein du Pôle Universitaire Lyonnais et les Bibliothèques universitaires Rhône-Alpes au sein de notre groupe informel de travail "GRADUEL", ont préparé la mise en réseau de leur catalogue. Une première ébauche assez rustique (sans fusion) a été créé sur CIBLE (http://www.univ-lyon.asso.fr/Cible) mais doit aboutir à des recherches avec dédoublonnage et même avec des moteurs de recherche.

Cette volonté des Bibliothèques universitaires, des Bibliothèques de recherche et des secteurs étude des Bibliothèques municipales de travailler en réseau sur le plan local est lié au rôle très important que les collectivités territoriales ont dans le financement des grands projets (pensons au projet d¹Anneau culturel Valenciennois). Pour notre part, le financement de notre Système d¹Information des Bibliothèques d'Études et de Recherche (Siber 3, novembre 1996) a été financé par la Région à près de 70 %.

En effet, la démarche entreprise - projet d¹utiliser des modules entièrement communicants et reproductibles facilement, utilisation de l¹informatique orientée objet pour rendre accessible à partir d¹un seul écran les différents réservoirs d¹information (base bibliographique multimédia, réseau de cédéroms, sites Internet sélectionnés), et ce pour les différents niveaux de lecteurs - était tout à fait conforme à la volonté locale de se doter d¹un outil collectif documentaire puissant et collectif.

Outre la mise en réseau des réservoirs documentaires, le 2ème axe semble être la constitution des pôles de documentation numérisés répartis à la fois dans leur constitution et dans les accès à l¹information.

Enfin, en ce qui concerne le rôle des B.U. dans la vie économique et dans la Cité, je pense que nous allons vers un tassement du recrutement classique des universités et vers un tassement général du temps de travail  et que donc les B. U. auront un rôle vital à jouer dans la formation continue du public et dans les problèmes d¹insertion (formation continue, insertion des handicaps physiques et socio-culturels).

Serge Aumont, Comité Réseau des Universités

Deux réflexions dans ce panel introductif m'ont semblé très optimistes :

Je ne suis pas aussi optimiste. Je voudrais vous renvoyer à un excellent article, paru dans le Monde Diplomatique (http://www.monde-diplomatique.fr/), signé de Philippe Rivière, qui s'interroge précisément sur ces notions.

Tout d'abord en matière de retard, je pense qu'il s'agit d'abord d'un retard dans la capacité à produire nous-mêmes des outils et à occuper le marché de l'informatique. Les ténors dans ce domaine (logiciels, systèmes d'exploitation, réseau, processeurs) ne sont pas français.

En matière d'introduction d'internet dans les écoles, j'ai assisté à des réunions où on envisage l'introduction d'internet dans toutes les écoles, au nom de l'égalité. J'ai l'impression qu'on va saupoudrer les moyens existants, et qu'on ne va pas les distribuer là où il y a de réels projets pédagogiques qui pourraient vraiment tirer parti de ces technologies intéressante. J'ai l'impression qu'on va disséminer ces moyens et finalement distribuer cet argent soit à France Télécom, soit à Cegetel, soit à Microsoft. Question à Mme Chatenay-Dolto de Geneviève Sureau, Directrice de la bibliothèque de mathématiques d'Orsay Quelle est la position du ministère de la Culture sur la directive européenne en cours sur le droit de prêt et le copyright ?

Véronique Chatenay-Dolto

En ce qui concerne le droit de prêt, Mme Trautmann a confié à Jean-Marie Borzeix une mission d'étude qui devrait permettre de dessiner le paysage français, de faire le bilan de toutes les situations et de tous les points de vue, du producteur au lecteur, autour de la question de l'application du droit de prêt. La question est posée non pas sur le droit de prêt lui-même, mais sur son intégration dans les pratiques françaises de lecture publique. Cette adaptation est laissée en attente en France depuis 1992, à juste titre d'ailleurs, puisque le droit de prêt est reconnu très fortement, c'est une spécificité du droit d'auteur français. C'est le droit de l'auteur qui est reconnu dans le droit français. En septembre 1997, dans le discours d'inauguration de la bibliothèque de Taverny, Mme Trautman a annoncé qu'une solution devait être trouvée, qui permette à la fois de respecter le droit des auteurs et des éditeurs, et de ne pas freiner le développement de la lecture publique en bibliothèque, notamment les capacités financières des bibliothèques.

Il s'agit de dépasser le faux antagonisme qui s'est créé et durci de manière polémique ces derniers mois entre les éditeurs et leur syndicat, qui réclament l'application d'un droit de prêt, qui a été interprété comme l'application d'une tarification à l'acte de prêt, ce qui n'est pas ce que l'on souhaite évidemment ; et les bibliothécaires, qui défendent à juste titre les principes de gratuité d'accès à l'information.

Il faut trouver une solution qui respecte les intérêts des uns et les intérêts des autres parce que les intérêts des uns sont les intérêts des autres. Il ne faut pas opposer le point de vue des auteurs, des éditeurs, des libraires et des bibliothécaires. Dans la pratique, on sait que les uns travaillent très étroitement avec les autres. Et les bibliothécaires ont raison de rappeler que leur travail est aussi de faire lire, de diffuser les livres produits par les éditeurs. A l'inverse, que seraient les bibliothèques s'il n'y avait pas, comme c'est le cas en France, encadrée par la loi "Lang," une production éditoriale de qualité parce qu'elle est diversifiée, parce qu'elle n'est pas exclusivement centrée autour des livres de grande diffusion. On voit bien que les uns et les autres ont intérêt à trouver une solution qui dépasse les positions trop tranchées.

Jean-Marie Borzeix a commencé sa mission il y a deux mois seulement (février 1998). La question est compliquée parce que si tout le monde reconnaît le droit des auteurs et des éditeurs à être rémunérés, personne n'est prêt à en payer le prix. La situation est compliquée en France : 80% des bibliothèques proposent un droit payant d'inscription, du coup la marge de manoeuvre est encore plus réduite.

Attendons les résultats de la mission Borzeix . Il n'y a pas de solution toute faite. En tout état de cause, la loi devrait intervenir soit pour déterminer des zones d'exception, soit pour mettre en place un système de licence légale ou des modalités d'application du droit de prêt, comme c'est le cas dans un certain nombre de pays étrangers.

Sur le droit de copie, ce débat a longuement été étudié au ministère, on est en train d'en sortir avec une première étape : un contrat entre la BnF et le CFC. J'estime que le ministère de la Culture a un rôle de régulateur à jouer en la matière.

Daniel Letouzey, Enseignant en Lycée

Je me réjouis de voir les passerelles qui se font entre les différents niveaux, les différents lieux de recherche sur le plan intellectuel. Je voudrais ainsi témoigner de la réussite de la liste de diffusion Clio / H-Francais. Cette liste est un espace de rencontres et d¹échanges quotidiens entre 600 enseignants d¹histoire et de géographie qui souhaitent briser leur isolement géographique et pédagogique, et qui désirent débattre des enjeux de leur métier.

L'utilisation pédagogique du Web pose de multiples problèmes aux professeurs comme aux documentalistes : hétérogénéité des contenus, volume considérable des données accessibles. Un apprentissage adapté est donc nécessaire, intégrant progressivement les ressources du Web dans les outils habituels de recherche de l'information. Cette démarche requiert une étroite collaboration entre enseignants et documentalistes.

Il serait enfin souhaitable de développer des moteurs de recherche spécialisés explorant des sites utilisables en éducation, de façon à limiter le "bruit documentaire", et à accroître la pertinence des recherches. Une extension "edu.fr" pourrait aussi être créée, sur le modèle ".edu" américain.


retour

Dernière mise à jour : 15 janvier 1999