Séance inaugurale

Claudine Belayche
Présidente de l'ABF, Association des Bibliothécaires Français




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Je vais rappeler l'intérêt de l'ABF depuis de nombreuses années sur le développement de ce qui n'est presque plus des nouvelles technologies. Je préfère parler d'information numérisée. Il me semble qu'il a deux choses dans cette expression qui sont fondamentales : l'information : de plus en plus, les bibliothèques, qui étaient des lieux directement liés à la conservation des documents et des supports papier, sont en train de devenir des lieux de diffusion de l'information numérisée. C'est dans ce domaine qu'il y a une révolution réelle à la fois sur le transport de cette information, la pratique et les usages qui en sont faits et éventuellement sur sa manipulation.

Cette information numérisée pose problème, mais elle est aussi absolument excitante, dans l'évolution des bibliothèques. Depuis 20-25 ans, les bibliothèques sont devenues des médiathèques : on était déjà dans l'ère de ce qu'on appelait les nouveaux supports, c'est-à-dire la cassette et le disque. Aujourd'hui, c'est le disque numérique et évidemment, l'information transmise à distance.

Cette société est mouvante. Depuis 3-4 ans, les congrès de l'ABF tournent tous autour de cette mutation de la société, qui implique des mutations fondamentales dans les bibliothèques. Donc l'ABF, qui essaye de représenter ses 4000 adhérents et quelques bibliothécaires qui ne sont pas encore adhérents, ne pouvait rester à l'écart. Cet intérêt, l'ABF l'a montré dans la création, par exemple, de l'Observatoire de l'Information bibliographique qui existe depuis 4-5 ans. Cet observatoire a travaillé d'abord sur l'informatisation , la gestion informatisée des collections, mais de plus en plus, par nécessité, s'est orienté vers la considération de l'information numérisée, de son traitement, son acquisition, et la façon dont elle modifie fondamentalement les comportements en bibliothèques. C'est la création du serveur web de l'ABF (http://www.abf.asso.fr).

Je vais parler de nos combats, de nos points d'intérêts très forts, dont Mme Chatenay-Dolto n' a pas toujours parlé. Elle a parlé d'un accès pour tous à l'information. Il n'est pas question pour nous de laisser de côté, dans les bibliothèques publiques en particulier, les uns ou les autres, sous des motifs de difficultés techniques d'accès, mais aussi souvent de difficultés financières. Pour nous, l'accès à tous, c'est bien sûr le premier article de la loi, c'est l'ouverture à tous et l'accès à tous de tous les supports, quels qu'ils soient, dans les bibliothèques publiques. Parmi ces supports, il y aura évidemment les supports, physiques ou virtuels, de l'information numérisée.

Nous travaillons avec l'ADBS sur certains dossiers concernant les droits sur l'information numérisée, sur lesquels le ministère de la Culture a un pouvoir non négligeable, puisqu'il est le porteur pour le gouvernement français de toute la réflexion, en particulier au niveau européen. On va en parler pendant ces Rencontres : l'accès à l'information numérisée, les droits sur l'information. Il doit y avoir un équilibre entre les droits des auteurs, ils sont légitimes, et les droits de l'usager dans des établissements publics à accéder à cette information, sans qu'il y ait des tractations trop handicapantes, auquel cas l'accès de tous ne voudrait probablement plus rien dire.

On reparlera de la directive européenne en cours, c'est quelque chose de très important pour nous. L'ABF a adhéré à une association internationale de bibliothécaires (EBLIDA) qui travaille en particulier sur ces domaines. Si une aide financière est apportée par la Direction du Livre et par le Ministère, elle sera insignifiante s'il y des handicaps trop graves et trop importants sur des équipements, des bornes multimédia publiques dans établissements publics, pour l'accès à l'information. On retournerait vers la fermeture des bibliothèques sur le public érudit et choisi. Pour nous, il est important d'aller vers l'ouverture. Le discours de Mme Chatenay-Dolto, celui de Lionel Jospin à Hourtin, celui de Mme Trautman et les positions qu'elle a prises sur l'ouverture et la culture pour tous le montrent : on ne peut pas laisser personne de côté. La réflexion sur les droits et l'exemption des droits est donc fondamentale.

Pour nous, en tant qu'association de professionnels, d'adhérents physiques, la formation des professionnels est importante. Quand on a conçu le serveur ABF, on l'avait conçu comme une introduction pour nos collègues au surf sur la Toile, pour apprendre à se débrouiller, pour apprendre à avancer. On est très attentif à la formation des personnels de plusieurs façons : en étant attentif au programme de l'ENSSIB et l'IFB, qui nous donnent peu de soucis. Nous avons plus de soucis en ce qui concerne la formation des personnels territoriaux, puisqu'il ne nous semble pas que le CNFPT soit assez attentif, probablement par manque de compétences techniques. Nous souhaiterions, ainsi que beaucoup de collègues, que la Direction du Livre nous aide plus auprès du CNFPT pour faire valoir un certain nombre de sujets techniques importants à introduire et à valoriser dans les programmes de formation.

Sur les budgets, il me semble que la proposition exposée par la DLL reviendrait à prendre à certains pour donner à d'autres , ce qui est assez délicat. Donc la DLL a pensé à des ajouts budgétaires qui évidemment seront les bienvenus. Les collectivités de tutelle ont le pouvoir de décision de l'entrée ou non-entrée des bibliothèques dans la société de l'information. L'aide, l'incitation de l'État sont importantes, elles ne sont pas majoritaires : cela ne serait pas souhaitable. En revanche, ce qui nous paraît indispensable, c'est que l'État joue son rôle de régulateur, très fort devant les demandes, les pressions privées. Dans le rôle de défense du service public en bibliothèque et dans les centres de documentation publics, l'État doit jouer son rôle de régulateur et de défense de l'accès citoyen à l'information.


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Dernière mise à jour : 15 janvier 1999
Contact : Claudine Belayche