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Contributions et débat




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Intervention de la salle Sur le passage de la logique des diplômes à la logique des compétences

Exemple cité : les magasiniers. S'il y a des tas de diplômés qui se présentent au concours de magasinier avec des diplômes qui n'ont plus aucun rapport avec les fonctions demandées à un magasinier, ce n'est pas d'abord une question de formation, c'est d'abord une crise de l'emploi et du chômage qui fait que des foules d'étudiants, de jeunes, qui sortent d'appareils de formation, ne trouvant pas un emploi, présentent tous les concours qui se présentent à eux. Là où un salarié ou quelqu'un sortant de la formation il y a quinze ou vingt ans avec une licence, une maîtrise pouvait espérer, dans le privé, avec les conventions collectives, atteindre un échelon de rémunération et de responsabilité repéré, ou, dans la fonction publique, dans la catégorie A, atterrit maintenant dans l'entreprise à des échelons subalternes avec des rémunérations bien tassées, et dans la fonction publique, dans la catégorie C.

Plutôt que de s'adapter à cette logique-là, il faut la contredire, la contrecarrer. Les propositions concrètes devraient viser à combiner la souplesse, l'adaptabilité et les garanties pour les salariés. On s'oppose constamment au changement parce qu'il se présente à elles sous la forme d'une régression de notre situation. Il faut travailler à des réflexions, à des solutions, qui permettent aux gens de progresser et non pas de régresser.

Le problème n'est pas de disjoindre le diplôme du repérage des compétences, mais d'intégrer les compétences dans le diplôme de manière à ce que le diplôme, ou en sortie de formation initiale, ou en formation continue, continue effectivement d'être un repère et un critère qui permette aux salariés de négocier, dans des conditions avantageuses pour eux, leur insertion dans le monde du travail.

Hervé le Crosnier

Je voulais moi aussi intervenir sur la question. Je crois que ce débat a tendance à ne pas se situer du point de vue de ce qu'on peut faire. C'est un peu ça que j'estime être un des problèmes. Une des choses, par exemple, qui est dite, c'est : Il va y avoir une évolution des compétences tout au long de la vie, sans se poser le problème de savoir que ce n'est pas pareil quand on est en mode de plein emploi et qu'on fait évoluer ses compétences ou qu'on est en mode de chômage de masse et qu'on fait évoluer ses compétences. Ce n'est pas du tout, du tout, du tout la même situation. Donc ne jamais isoler l'évolution des compétences de l'emploi. Quand on a quelque chose et qu'on sait qu'il n'y a pas d'emploi, eh bien on s'y accroche, c'est une attitude que je trouve tout à fait légitime.

Quand le discours ne tient pas compte de cela, il me gêne. Le discours qui consiste à dire : « J'ai un ingénieur des Ponts et Chaussées qui passe aux télécoms et qui passe à la Santé, mais il reste chez Cégétel. » D'accord ? Donc c'est ça qu'il faut comprendre, c'est que les grandes structures aujourd'hui, ce n'est pas strictement les grandes structures d'État avec leur rigidité, ce sont les grandes structures de copinage d'ex-ingénieurs, et ce sont les grandes structures des multinationales qui fonctionnent, grosso modo, de la même manière pour ce qui est de l'emploi de leurs cadres. De leurs cadres, je dis bien.

Deuxième chose, comme l'a dit Jean Michel, l'information n'est pas le monopole d'une profession. Oui, mais notre profession n'est pas de gérer l'information, c'est de gérer l'information collectivement, et pour longtemps, et démocratiquement. Ce qui fait trois critères qui sont complètement nouveaux, qui sont complètement positifs et qui sont la césure pour laquelle vous plaidiez tout à l'heure, c'est-à-dire qu'on gère collectivement, et donc problème de formation des gens parce que dès que c'est collectif, chacun voit midi à sa porte. C'est un truc bien connu. Et donc, nous, on a besoin de gérer cela et puis d'apprendre aux gens, de leur dire : « Ben, oui, vous voyez les choses comme ça. Mais qu'est-ce que vous voulez, tout le monde ne le voyant pas comme ça, il va falloir s'adapter. »

Jean Michel

Oui, mais si je réponds immédiatement là-dessus, ce qui amène à se poser la question, non pas de la formation de l'individu, mais la formation des équipes parce qu'on va former des équipes qui vont gérer collectivement l'information, c'est le projet pour l'avenir dans un certain nombre de lieux.

Hervé Le Crosnier

Absolument. Et on gère aussi pour d'autres, ce qui est quand même quelque chose de fondamentalement différent de tous ces gens qui prétendent faire de l'information à eux tous seuls et qui ont toute l'information qu'ils veulent pour eux tous seuls. Ensuite, on gère pour longtemps, c'est-à-dire qu'on a derrière des missions. Nous devons être capables de retrouver les documents que nous stockons. Parce que retrouver, relire et critiquer, c'est la base de l'humanisme. Il n'y a pas d'humanisme, il n'y a pas de développement humain, il n'y a pas d'autonomie si on ne peut pas relire et critiquer. Je ne donnerai qu'un seul exemple : les technocrates du secrétariat général du Gouvernement ont mis en ligne des documents, dont l'excellent Plan pour l'informatisation de la France. Ils l'ont mis en ligne sans URL, c'est-à-dire qu'il y a une frame derrière avec un URL commun pour tout le SGG, tout le Gouvernement. Et il n'y a jamais l'accès à ce document-là précisément. Ça, c'est notre métier à nous de leur dire : « Mais, attendez, ça c'est du journalisme, c'est très bien le journalisme, mais ce n'est pas ce métier-là dont on aura besoin demain. » Alors, c'est vrai que pour le cadre, dans son entreprise qui a besoin juste de consulter ce plan une seule fois, c'est très bien. Par contre, pour celui qui, demain, va vouloir s'en resservir, là, ça ne va plus du tout. Celui qui va vouloir le critiquer, citer un extrait pour dire : « Là, je suis d'accord, ou là, je ne suis pas d'accord. » Ça ne va pas du tout. Donc faisons savoir que les bibliothécaires et les documentalistes ont franchement une autre mission.

Enfin, le dernier point que je voudrais soulever, c'est par rapport à la phrase que vous avez citée d'une responsable de la BnF disant : « Je voudrais bien des conservateurs opérationnels tout de suite. » Moi, je n'y crois pas, à cette histoire-là. Moi, je forme des étudiants, enfin, qu'on arrête de raconter du baratin, tous ces gens qui, aujourd'hui, nous expliquent que les étudiants, il faut que dès qu'ils sortent de l'université, le lendemain, ils soient 100 % opérationnels dans leur entreprise, sur leur matériel, dans leur situation, avec leurs compétences. Eux-mêmes, quand ils avaient vingt ans, qu'ils se regardent en face, enfin ! Ils sont sortis de l'université sans savoir bosser ! Alors, je dis : Non, quand on sort de l'université, on a des connaissances. Et ces connaissances vont se transformer en savoir-faire dans la pratique professionnelle. Un élément central de la formation, c'est la pratique professionnelle. Et ce qui est essentiel, c'est qu'on puisse discuter dans les groupes, c'est qu'on puisse échanger des idées, qu'on ait du temps, qu'on ne soit pas tout le temps pressurés, qu'on ne nous dise pas aujourd'hui : « Moi, je ne veux pas que les bibliothécaires adjoints de mon université soient abonnés à BIBLIO-FR parce qu'ils vont perdre du temps. » C'est ça, qu'il faut arrêter ! C'est le fait d'admettre que de travailler nous forme.

Ca veut dire aussi qu'on peut agir, nous, en positif sur ces histoires-là. Et l'intérêt, effectivement, de l'internet, je vois dans plein de domaines, c'est qu'il permet de reposer les problèmes. Dès qu'on est confrontés à internet, on repose des problèmes. Aujourd'hui, il y a par exemple un autre problème qu'on doit se poser, c'est celui de l'éducation populaire. Il y a un renouveau du phénomène d'éducation populaire, des grandes associations d'éducation populaire qui sont nées après 1945. On le retrouve dans tous les domaines : nous allons y être confrontés en bibliothèque autour des ateliers multimédias. Et c'est vrai qu'il ne faut pas seulement qu'on fasse notre propre formation, mais qu'on admette qu'il y a une autoformation, une formation de groupe. Quand le groupe se forme, les savoir-faire s'échangent. C'est tout simple : vous êtes dans un couloir où quelqu'un sait faire, c'est bizarre, vous n'avez pas besoin, même de faire appel à lui, parce que ça marche, parce qu'il n'y a pas ce problème-là. Et si vous êtes dans un couloir où personne ne sait faire, il y a une telle angoisse que ça finit par détraquer les machines.

Intervention de la salle Sur le fait "d'apprendre à apprendre"

Un dispositif à été mis en place au sein de l'Éducation Nationale qui permet d'apprendre à apprendre. Les premiers enseignants à l'appliquer sont les enseignants de technologie dans les collèges. Ils ont fonctionné sur un système de remédiation, qui, dans un premier temps, laisse aux élèves la découverte d'un projet pratique particulier. On observe ensuite les points sur lesquels ils ont eu des difficultés et on leur propose un certain nombre de formations sur ces différentes difficultés. Il s'agit de méthodologies en remédiation.

L'arrivée d'internet dans les collèges a poussé les autres enseignants à se poser eux-mêmes la question de leur pédagogie : « Mais qu'est-ce que je fais avec cet outil ? Est-ce que c'est simplement un outil technique qu'on veut utiliser pour se balader ou est-ce quelque chose qui peut me servir dans ma formation en tant qu'enseignant ? »

Des enseignements se mettent en place dans plusieurs disciplines pour apprendre aux autres qu'on appelle cours de communication. La mise en situation des étudiants dans la prise de parole, dans le fait de mener un groupe, dans le fait de faire des synthèses de documents est prise au sérieux. Ces enseignement utilisent des principes de psychologie, des principes de linguistique, des principes de philosophie, des principes d'informatique. Ce sont des formations transversales pluridisciplinaires qui sont mises en place aujourd'hui.


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Dernière mise à jour : 15 janvier 1999