Les bibliothèques et la démocratisation de l'accès à l'internet

Philippe Guillerme,
BPI
guillerme@bpi.fr




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Martine Poulain

Dernier exemple : la BPI a mis en place une offre internet il y aura bientôt trois ans. Elle évolue dans la conception de son offre, d'une part parce qu'elle a quitté les grands espaces de Beaubourg pour aller provisoirement dans de plus petits espaces, et aussi parce que l'expérience montre à la fois les atouts et les apports de l'interrogation d'internet, mais pose aussi quelques problèmes quant à des usages déviants.

Philippe Guillerme, BPI

Je vais tenir un discours un petit peu différent de celui des deux collègues qui m'ont précédé, c'est-à-dire ne pas trop insister sur le détail de l'expérience de la Bibliothèque publique d'Information, mais faire plutôt le tour des questions et des problèmes que l'on peut se poser.

Depuis juin 1995 et jusqu'à fin septembre 1997, il y a eu neuf postes en libre accès, libre et gratuit, à la Bibliothèque publique d'Information, avec les avantages et les inconvénients du libre accès complet, c'est-à-dire files d'attente, bousculades devant le poste, etc.

Puis, avec la réouverture dans nos locaux, après un stage chez les Jivaros (les réducteurs de têtes), nous nous sommes retrouvés dans une BPI divisée par trois où nous avons réinstallé sept postes puis neuf jusqu'à il y a quelques jours, puis zéro maintenant puisque tout accès est fermé depuis le milieu de la semaine dernière (fin mars 1998). Cela n'est pas dû à une simple crise de notre part, mais à un certain nombre de questions auxquelles nous n'avons pas su répondre dans l'urgence.

Quand on parle d'accès à Internet, il faut d'abord se poser la question de l'accès à quoi.

  1. L'accès à un contenant, c'est-à-dire à l'outil informatique Il s'agit de prendre en compte l'appropriation de l'outil informatique qui, même si les choses ont fait des progrès au cours de ces dernières années, est loin d'être largement répandue.

  2. L'accès à un contenu Quand on dit accès à un contenu, on peut se placer à deux niveaux différents :
    • Première option : on peut assigner au contenu un simple rôle de fenêtre ouverte sur le vaste monde de la toile mondiale. Cette fenêtre peut également jouer le rôle de vitrine pour l'établissement en question. On se contente de brancher le tuyau sur un ordinateur, d'allumer et, avec un navigateur modèle standard, on laisse les gens découvrir, faire ce qu'ils veulent, se prendre les pieds dans le tapis, aussi bien que de faire des choses qui permettent de faire avancer leurs connaissances.

    • La deuxième option pose le problème de la corrélation de cette offre documentaire, de sa coordination ou de sa complémentarité avec le reste des offres de la bibliothèque. Si on prend cela en termes complémentaires, pour nos collègues qui ne sont pas familiarisés avec les nouveaux médias, on pose le problème de la vieille frontière ou du vieux fossé qu'il y a entre les supports traditionnels (papier, etc.) et les nouveaux supports (électroniques, hors ligne ou en ligne) de l'information. Le fait de poser un accès Internet comme étant un accès, non seulement en plus, mais aussi en rapport avec ce qui existe déjà, veut dire qu'on banalise dans le bon (ou le mauvais) sens du terme ce qui est peut-être derrière le mot démocratisation.

Une question se pose aussi sur la sélection éventuelle d'un certain nombre de sites web en rapport avec la vocation ou les fonds de l'établissement, en rapport avec un domaine précis de connaissance. D'autres questions se posent également sur la facilitation de l'accès auprès du public, la formation, ou un certain type de formation, d'introduction ou de sensibilisation vis-à-vis du public. C'est ce que la BPI a choisi de faire depuis 1995 de manière régulière.

Mis à part les problèmes qu'il ne faut pas éviter d'envisager et qui sont dus à la mise en oeuvre, selon qu'on choisit l'option vitrine ou l'option offre complémentaire, se pose le choix du lieu : dans le hall d'entrée de la bibliothèque ? ou bien intégré dans tel ou tel secteur ?

Se pose également la question des solutions techniques. On a affaire à un public très divers qui est plus ou moins adroit, voire plus ou moins de bonne foi, ou porteur de malignité vis-à-vis de l'outil. Il faut donc veiller à la sécurité du système, c'est-à-dire au verrouillage de l'accès à la machine, hormis aux applications dont on veut que le public se serve.

Un problème se pose aussi sur le choix du système d'exploitation. La raison pour laquelle la BPI a pour l'instant arrêté tout accès Internet, c'est que, comme beaucoup de gens, on utilise des PC avec la solution de la maison " Trop-gros-soft " qui s'appelle Windows 95, qui est, en fait, une espèce de meule de gruyère pleine de trous à travers laquelle tout le monde passe.

D'autres solutions existent : des solutions plus lourdes et qui nécessitent de fortes ressources en matériel et un service informatique particulièrement présent, à savoir des solutions sous Unix, ou plus particulièrement Linux, ou bien des solutions qui retombent dans le panier du même, c'est-à-dire Windows NT, ou encore la solution sur Macintosh avec Mac OS. Pendant deux ans et demi, à la Salle d'Actualité de la BPI, on a fait tourner deux postes en libre accès sous Mac OS sans que nous n'ayons eu à intervenir une seule fois et sans que personne ne passe au travers de la protection système.

Ensuite, se pose la question de la sécurité de l'application, c'est-à-dire du navigateur (Netscape ou Internet Explorer), sachant que si on met en place la version publique standard, l'utilisateur a accès, par le menu Options ou par le menu Préférences, selon la version, au réglage du navigateur et qu'il peut très bien décider d'allouer tout l'espace de votre disque dur au cache local, ce qui paralyse très rapidement votre poste. Il ne s'agit là que d'un exemple parmi tant d'autres. Il existe quelques solutions : une société informatique qui s'appelle Archimed diffuse une version modifiée d'Internet Explorer qui permet un certain nombre de verrouillages.

Se trouve également posé le problème du téléguidage du contenu, c'est-à-dire le filtrage des adresses. Si vous ne voulez pas que les gens passent leur temps à aller visiter des sites autres que ceux auxquels ils devraient, selon vous, s'intéresser, cela suppose de filtrer les URL. Derrière cela se trouve évidemment posée une des questions extrêmement sensibles de la profession sur les tabous et la censure.

En conclusion, la mise en accès libre d'Internet dans une bibliothèque ne se limite pas à des problèmes de définition ou des problèmes techniques. Il s'agit aussi de savoir quelle place on assigne à cet outil : s'agit-il d'une véritable offre documentaire et d'un service à part entière ? Si oui, cela suppose de se donner les moyens, tant vis-à-vis du personnel de la bibliothèque, c'est-à-dire en passant non seulement par une formation en interne à l'outil, mais également par l'implication de tout le monde, que du grand public. Se pose dans ce cas la question du type d'interventions qu'on fait vis-à-vis du public, sans se prendre pour des formateurs, mais plutôt pour des accompagnateurs, pour que ce public puisse mieux utiliser cet outil côté contenant et côté contenu.


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Dernière mise à jour : 15 janvier 1999
Contact : Philippe Guillerme