Bibliothèques sans Frontières
l'expérience roumaine

Nicoleta Marinescu
Bibliothèque Centrale Universitaire Miahai Eminescu
Iasi, Roumanie
nicole@bcu-iasi.ro




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La chute du mur de Berlin a produit un bouleversement inattendu, non seulement dans la vie politique et sociale, mais aussi dans l'enseignement et la culture des pays ex-socialistes.

L'année 1990 marque une époque importante dans l'activité des bibliothèques et des bibliothécaires.

Les changements politiques ont permis de franchir les frontières ; ils ont aussi permis aux spécialistes et aux lecteurs de la bibliothèque traditionnelle de connaître directement les bibliothèques informatisées. L'informatisation des bibliothèques en Roumanie a très vite commencé grâce aux projets communautaires, aux jumelages entre villes et universités, et grâce à des relations personnelles de certains bibliothécaires.

En 1990, la faculté de Bibliologie et des Sciences de l'Information de Bucarest et les Bibliothèques Centrales Universitaires (BCU) de Bucarest, Iasi et Cluj ont commencé leur informatisation grâce à un projet pilote mené par les Hollandais : TEMPUS. Les logiciels VUBIS, TINLIB, ALICE, CDS-ISSIS, Micro-VTLS, ALEPH permettent la création de bases de données et de services informatisés.

Mais la fuite vers un Ouest plus informatisé, le manque d'études pointues du marché des logiciels et d'un projet national unique visant à promouvoir le travail en réseau et la formation ont gaspillé beaucoup d'énergie. Mais c'était un début nécessaire, on apprend toujours par ses fautes !

En Roumanie, les bibliothèques universitaires au sein d'une même ville ne travaillent pas en réseau. Notre bibliothèque, la BCU, ne travaillait pas en réseau avec ses annexes. (cf Présentation de la BCU, Iasi). Après la réinformatisation de notre bibliothèque avec le logiciel intégré à interface graphique ALEPH-500, la BCU de Iasi est la première bibliothèque roumaine à travailler en réseau avec ses annexes. Nous travaillons sur un projet en vue de créer le premier réseau roumain entre les BCU et les BUT de Iasi, Bucarest, Cluj, Timisoara, et Constanta. Jusqu'à présent, on ne peut pas parler d'un réseau documentaire informatisé partagé, donc on parle simplement d'un changement organisationnel de l'établissement grâce à l'informatisation.

Cette période est caractérisée par la cohabitation d'une informatisation des bibliothèques et d'une législation financière inadéquate pour un monde informatisé. Nous nous préparons à offrir aux utilisateurs et aux utilisateurs potentiels de nouveaux services. L'utilisateur est le citoyen qui participe au financement de la bibliothèque.

L'information est un produit stratégique national. Les coordonnées principales pour l'activité d'une bibliothèque informatisée et l'évaluation de son activité dépendra de quatre éléments clef : produire, transporter, distribuer et consommer l'information.

Il est utile de souligner les points forts et les points faibles de cette période, car les débuts de l'informatisation sont le point de départ d'un bouleversement dans l'activité des bibliothèques et du métier de bibliothécaire.

Points forts:

Points faibles:

Quelques dates importantes :

En 1990, un projet entre le gouvernement roumain et le gouvernement allemand, entre l'Université Polytechnique de Bucarest et l'Université Technique de Darmstadt (PIB-THD Data Processing and Communication Project) est mis en place en vue d'améliorer l'infrastructure de la communication en Roumanie.

1993 marque la création des premiers noeuds de communication en Roumanie, à Bucarest. entre l'Université Polytechnique et l'Université.

1994 marque la création du réseau de l'Éducation Nationale (RoEduNet) qui dépend du Ministère. Ce réseau offre l'infrastructure de données la plus développée et la possibilité d'établir des communications nationales et internationales. Il y a 6 noeuds où sont connectés plus de 120 établissements. Les noeuds se trouvent dans les grandes universités du pays : Bucarest, Cluj, Craiova, Iasi, Tg.Mures et Timisoara. Le noeud central qui gère RoEduNet et la liaison avec la chaîne internationale de données est situé à l'Université Polytechnique de Bucarest. Plus de 6500 serveurs sont connectés à l'Internet (ce qui représente plus de 2/3 du nombre total de serveurs connectés à l'Internet dans tout le pays). Les ordinateurs communiquent entre eux et avec le monde par l'intermédiaire des réseaux principaux. Le trafic de données sur le plan international en partance de la Roumanie est d'environ 200Gb par mois pour une capacité de 1,5 Mb par seconde.

Le réseau national pour la recherche et le développement (RNC) assure la communication entre les instituts de recherche qui dépendent du Ministère de la Recherche et de la Technologie. DNT constitue un autre réseau de plus de 20 fournisseurs de services payants. Il y a aussi un réseau pour les fournisseurs de services de réseau, notamment pour les ONG.

Les spécialistes qui gèrent l'information ont compris que l'Internet implique tout un ensemble de transformations morales, intellectuelles, sociales, et éducatives. Au delà de la technologie, l'Internet est porteur d'un esprit, d'une manière de travailler en équipe, d'organiser une relation sociale. C'est une autre civilisation et culture qui commence :

Le monde universitaire doit mettre en place une restructuration de ses systèmes de gestion en fonction de ses utilisateurs (étudiants, enseignants, chercheurs) et de leurs besoins en formation et en information.

Les résultats d'une information et d'une communication rapide offerte par l'Internet sont marqués à Iasi en 1995, lorsque un groupe de jeunes diplômés de la faculté d'électronique et de la faculté d'informatique et d'automatisation se présentent à un concours organisé par Microsoft à Budapest. C'est le point de départ pour de nombreux spécialistes roumains qui commencent à travailler aux États-Unis, grâce à une bonne formation acquise par l'enseignement roumain.

En 1995, l'Internet reste principalement un outil d'information pour le marché du travail (offre/demande d'emplois), un moyen de communication entre l'Est et l'Ouest, une source d'informations (la BCU de Iasi a beaucoup étudié les sites de bibliothèques et le marché des logiciels avant de se réinformatiser), ou parfois un moyen de prêt.

1996 est l'année où la première bibliothèque roumaine a mis ses bases de données sur Internet, après une conversion de CDS-ISSIS en Wais. L'adresse du site de la Bibliothèque Universitaire Technique de Iasi est : http://www.library.tuiasi.ro

En 1997, la faculté de physique et de chimie de la BCU de Iasi met ses bases de données sur Internet suite à une conversion de CDS-ISSIS en format UNIX aux adresses suivantes : http://www.uaic.ro (voir Library) et http://www.bcu-iasi.ro

Maintenant les collections de toutes les annexes de BCU de Iasi (CDS-ISSIS) peuvent être consultées sur l'Internet.

Formation des bibliothécaires

Cf La formation permanente des professionnels des bibliothèques et de la documentation -
A quoi former les bibliothécaires ? (Article rédigé en 1996 , Agrosoft, Iasis)

La formation initiale des bibliothécaires est acquise en Roumanie dans cinq établissements de Sciences de l'Information. L'évaluation des métiers pratiques dans les bibliothèques a encouragé les enseignants à repenser les cursus, en tenant compte du fait que le futur diplômé travaillera dans un centre de documentation et d'information, notamment sur des supports électroniques, et manipulera de l'information sous forme de texte, image ou son.

L'enseignement supérieur devrait mettre en place des options "documentation et information" dans toutes les facultés, techniques, sciences humaines, et artistiques.

Si jusqu'à présent on disait qu'un bibliothécaire doit avoir une culture générale et des connaissances bibliothéconomiques, maintenant on y ajoute les connaissances informatiques. Le temps est fini où le bibliothécaire se contentait de cataloguer un document. De même, si jusqu'à présent on pouvait aller jusqu'à la retraite avec simplement sa formation initiale, le monde de l'informatique "oblige" les bibliothécaires à une formation continue dans leur métier qui évolue sans cesse. Celui qui gère l'information doit transmettre ses connaissances le plus vite possible à l'utilisateur, qui ne fréquentera plus notre bibliothèque si celui-ci a perdu du temps en attendant une information.

Temps et formation sont des notions extrêmement importantes pour l'avenir. Dans cette situation, le rôle des associations professionnelles et d'autres associations qui aident à une meilleure formation devient de plus en plus important. ABIR, INFO-DOC-ROM, AMU, ces associations doivent aider les spécialistes des bibliothèques et des centres d'information et de documentation dans leur formation continue. Elles doivent créer des compétences non seulement dans le domaine de la bibliothéconomie, mais aussi dans le domaine des nouvelles technologies, qui imposent des normes internationales.

L'enquête réalisée par Annie Koupiec pourrait devenir un point de départ pour les stages de formation en vue de normaliser et de mondialiser notre métier. L'Internet, les nouvelles technologies obligent les bibliothécaires à suivre les formations continues réalisées sous forme de stages, séminaires, conférences, débats, ateliers de travail, tables rondes, projets européens, listes de discussions etc.

Le projet PEC­JEP 95-96 piloté par la BIU de Montpellier, la BU de Barcelone et le Collegio di Documentaccio et d'Informaccion ayant pour thème la restructuration de la gestion des bibliothèques universitaires, a pour objectif de préparer un réseau de formateurs capables de gérer le glissement de la bibliothèque traditionnelle vers la bibliothèque informatisé. Quatre bibliothèques de notre pays (la BCU et la BUT de Iasi, la BCU de Cluj, et la BU de Sibiu) ont bénéficié de 42 bourses de mobilité Est-Ouest pour former les formateurs : bibliothécaires, informaticiens et chargés de mission. En 1998, pour le troisième année consécutive, auront lieu des stages de formation en Roumanie pour les bibliothécaires et informaticiens de ces bibliothèques impliquées dans le projet.

Nos utilisateurs commencent à suivre des cours d'informatique dès l'école. Les sections enfant de certaines bibliothèques publiques offrent aux petits la possibilité de se familiariser avec l'ordinateur. De nombreux établissements privés connectés à l'Internet, et équipés avec des CD-ROM proposent à leurs clients une familiarisation aux nouvelles technologies. Tous ceux qui désirent s'informer, communiquer, avoir leur page Web (par l'intermédiaire de services payants) ont maintenant cette possibilité. La bibliothèque roumaine a des utilisateurs dont les connaissances en informatique sont parfois plus approfondies que celles de nos spécialistes en nouvelles technologies.

Les bibliothèques roumaines ont la chance d'avoir au moins un département d'informatique où travaillent des informaticiens et des ingénieurs. La BCU de Iasi a un département avec 3 informaticiens, 3 ingénieurs système, et un responsable bibliothécaire. Le travail en équipe résout les problèmes !

L'impact de l'informatisation sur les facteurs humains

L'informatisation des bibliothèques a été perçue de plusieurs façons, selon le degré de flexibilité du personnel :

  1. Le personnel réceptif et flexible a saisi le changement et a commencé à suivre des stages de formation. Il a participé à des séminaires nationaux, internationaux, à des stages de formations à l'étranger (parfois sur leur période de vacances!). Il essaie par différents moyens (par exemple les listes de diffusion) de s'aligner aux normes internationales. Ces personnels sont de véritables pionniers chez eux.
  2. Les personnels qui ont une vision plus traditionnelles, ne souhaitent qu'un minimum de formation en informatique qui leur permette de travailler dans une bibliothèque informatisée. Ils ne travaillent pas en réseau. Dans cette catégorie, on trouve ceux qui étaient les premiers dans leur communauté, qui ont peur de perdre leur place dans la hiérarchie. Ils représentent des freins dans l'évolution vers la bibliothèque de demain. Ils ont peur des erreurs, mais ils oublient qu'ils sont et seront toujours les meilleurs conseillers.

L'Internet a créé un écart entre ceux qui ont eu accès à l'étranger ou pas aux nouvelles technologies, entre les spécialistes flexibles, réceptifs aux nouveautés et ceux qui ont peur de faire des fautes. Parfois la barrière linguistique, qui passe généralement par l'apprentissage de l'anglais, est difficile à franchir.

La société de l'information d'aujourd'hui se caractérise par :

A mon avis, en vue de diminuer les différences qui existent entre les info-riches et les info-pauvres, le travail en équipe serait un moyen de valoriser l'investissement fait par l'UE (par l'Ouest en général) dans les stages de formation. La créativité, l'énergie, l'enthousiasme, le voeux de récupérer des années d'isolement, la formation informatique pointue des spécialistes sont les points forts qui pourraient devenir les bases de projets envisagés pour des collaborations Est-Ouest et Ouest-Est. Certains projets seraient particulièrement intéressants :

Trois fonctions essentielles des bibliothécaires commencent à se développer :

Le chemin à parcourir est encore considérable, surtout en raison de la faiblesse des infrastructures du réseau et donc de l'accès à l'information à l'échelle mondiale. Les gens doivent apprendre à communiquer et à s'informer, car maintenant l'information ne peut plus être cachée dans un tiroir.

La liste de diffusion, grâce à la diversité des sujets abordé, reste le principal outil de formation de l'individu, du citoyen qui marche vers une nouvelle civilisation et une nouvelle culture. (cf L'utilité des listes de diffusion). Le travail en équipe des spécialistes (bibliothécaires et informaticiens) de l'Est et de l'Ouest permettra de former le citoyen de la nouvelle société, de le faire penser et agir dans cet univers technique, sans qu'il en devienne esclave. Un régime politique peut être changé en une nuit, mais le citoyen de la société de l'information ne peut pas être former en un jour.



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Dernière mise à jour : 15 janvier 1999
Contact : Nicoleta Marinescu