Colloque : "La communication de l'information scientifique et technique dans l'enseignement supérieur et la recherche : l'effet Renater/Internet"

Schéma d'organisation de la presse périodique électronique

Françoise Renzetti
Responsable de la Médiathèque de l'IMAG [#] Francoise.Renzetti@imag.fr

Jean-François Tétu
Professeur Lyon 2 [##] Jean-Francois.Tetu@univ-lyon2.fr


Dans les domaines mathématique et informatique, la presse périodique traditionnelle remplit avec difficulté son rôle de premier instrument de la diffusion scientifique.

En 1995, la presse papier est en partie "relevée" par l'édition électronique qui comprend essentiellement les publications des institutions de recherche, objets d'échanges énormes, et le journal, dont certains titres intègrent, au moyen de nouvelles fonctionnalités, l'ensemble du processus de gestion de la revue et en modifient la dynamique de lecture.

L'édition électronique utilise alors des outils sophistiqués. L'ensemble des technologies à promouvoir au sein de l'environnement de publication appelle des concentrations de capitaux et des stratégies de conquête de marché : pour étendre ou fidéliser leur clientèle, les éditeurs des revues primaires, les éditeurs des revues bibliographiques, les agences d'abonnements et les bibliothèques redéfinissent leurs services.

L'usage de l'Internet et l'évolution des techniques d'édition vers un environnement de publication ébranlent la structure et l'organisation traditionnelles de la presse périodique. D'une part, l'Internet sous-tend l'espace social des communautés scientifiques et le dote d'un pouvoir de certification qui était jusque là réservé à des comités restreints. Et d'autre part, au sein d'un environnement de publication susceptible de regrouper un nombre indéfini de journaux, l'article s'affranchit du nom du journal et devient unité fondamentale de la base de donnée.





          

Mots-clés 

Journal, archives, relations scientifiques, échanges gratuits, environnement de publication, monopole, hypertexte, certification, espace social, article, fourniture à la demande.


          

Introduction

Les journaux scientifiques ont été longtemps le premier instrument de la diffusion scientifique. En 1995, le passage du modèle papier aux modèles électroniques s'impose, spécialement dans le domaine des Mathématiques et de l'Informatique car l'environnement de travail des deux communautés, celle des informaticiens et, de façon plus récente celle des mathématiciens, intègre l'Internet depuis plus de dix ans. Les publications périodiques électroniques concernent aujourd'hui la totalité des chercheurs et les produits sont suffisamment importants et variés [1] pour que la presse électronique puisse être analysée en terme d'outil :

  1. de diffusion,

  2. de création de nouveaux produits,

  3. de modification de la chaîne traditionnelle de production et de diffusion de l'édition périodique scientifique.


1. Définition et caractéristiques de la presse périodique scientifique

Par presse périodique, on désigne toute publication qui, sous un titre commun, produit périodiquement un document constitué par un nombre variable d'articles. Lorsque la périodicité est régulière, la publication est appelée "journal" ou "revue". Lorsque la publication est irrégulière, elle est l'émanation d'une institution dont elle prend le nom et a trait pour la plupart des cas à des collections de rapports de recherche.

La presse périodique s'identifie sans ambiguïté par l'ISSN (International Standard Serial Number) qui est un numéro caractéristique d'un titre donné. De façon similaire, il est possible d'attribuer à chaque collection de rapports de recherche un ISRN (International Standard Report Number).

Lorsque la fonction de la presse périodique est de garantir le niveau scientifique du contenu des articles qu'elle véhicule, elle devient revue à comité de lecture (peer review) et comprend alors un comité de rédaction qui sélectionne les articles que des spécialistes examinent.


2. Rôle de la presse périodique scientifique

La publication périodique a quatre fonctions directement liées : l'actualisation de la recherche, la promotion d'un auteur, la certification d'un auteur et la fonction d'archivage.

La publication périodique doit "coller" à l'actualité de la recherche afin de traduire largement et rapidement les derniers résultats acquis.

D'autre part, le journal facilite la promotion et d'un auteur (qui peut être une personne morale), et d'une discipline (comme de sa communauté).

Mais surtout, la revue officialise l'intégration du nouvel article dans la mémoire scientifique commune et accomplit ainsi l'acte de certification par lequel le journal "reconnaît" un auteur en tant que membre de son audience ; c'est pourquoi le journal "à comité scientifique" constitue un outil fondamental d'évaluation de la recherche.

Enfin, la vie du journal est l'accumulation sélective du devenir historique d'une discipline : la longévité d'un journal est donc un facteur important de sa valeur scientifique.


3. Crise de la presse périodique scientifique

La crise de la presse périodique revêt plusieurs facettes, les deux manifestions les plus évidentes concernent l'inflation des prix et l'inflation des titres. Tous les acteurs (auteurs, éditeurs et lecteurs) s'accordent pour dire que l'inadéquation entre le contenu des articles et les besoins d'information, notamment en fraîcheur d'information, met gravement en cause la vie du journal.


  1. Des études entreprises par les associations de bibliothèques se focalisent sur les modifications qui affectent la presse périodique et notamment l'augmentation des prix. Les résultats des travaux de l'ARL (Association of Research Libraries) donnent des tableaux synthétiques de l'augmentation du prix des éditeurs [2]. En France, le Réseau Français des Bibliothèques de Mathématiques a relevé que la montée du prix des abonnements à des revues mathématiques atteint 15 % entre 1992-1993.


  2. La croissance du nombre des revues fait elle aussi, l'objet de recherches multiples ouvertes autrefois par Dierek de Solla Price qui établissait une relation entre le niveau de spécialisation de la revue et la dimension de son audience (Price concluait que le nombre de journaux par chercheur est stable : 1 pour 10 chercheurs). En Mathématiques Appliquées et en Informatique, l'émergence de nouvelles disciplines liée au désir de légitimation de sous-communautés a bien provoqué l'apparition de titres spécialisés, mais cette multiplication des titres est accentuée par la généralisation de l'interdisciplinarité qui fragilise certaines parutions et pose autrement la question que soulevait Price autrefois. La généralisation de la pratique informatique dans le monde de la recherche, en 1995, fait que beaucoup de résultats intéressent une large communauté, tandis que leur démonstration n'est compréhensible que de 20 % du lectorat, si bien que des journaux enregistrent une diminution forte de leurs abonnés.

    La vie brève de certains périodiques qui n'ont pas les moyens de supporter la communauté scientifique qu'ils ont mission d'identifier s'explique par de nombreux autres facteurs qu'il serait instructif d'étudier cas par cas.

    L'inflation du prix des journaux provient de la combinaison de plusieurs processus. Elle est due, en premier lieu à des charges fixes élevées telles que le prix du papier (qui subit lui-même une augmentation élevée) et aux frais importants qu'occasionne la gestion de la procédure "comité de lecture", avec notamment la difficulté de trouver des rapporteurs qu'il faut rémunérer plus qu'autrefois [3].
    Par ailleurs le marché est limité, car l'augmentation du nombre des bibliothèques, qui constituent la majorité des abonnés, n'a pas suivi l'augmentation du nombre des chercheurs ni celle du nombre de titres de périodiques offerts. La petitesse du marché est encore accentuée par la conjoncture économique qui détermine, au sein des bibliothèques, des restrictions budgétaires suivies par des suppressions d'abonnements portant sur les revues les moins consultées (aux Etats-Unis, souligne l'ARL les abonnements supprimés de façon prioritaire sont les abonnements aux revues étrangères et le processus a commencé dans les grandes bibliothèques dès les années 70) [4].

    D'autre part, la politique inflationniste est encouragée par la faible élasticité de la demande (l'absence de réponse de la part du souscripteur devant la montée des prix), car chaque journal est unique. Cette exclusivité qui constitue un monopole invite l'éditeur à hausser ses prix afin de se réserver des marges de profit importantes.

    Il faut aussi noter qu'un nombre croissant d'institutions a abandonné les activités de presse par manque de solidarité inter-communautaire [5] ou par un conservatisme qui verrait dans la création d'un nouveau journal un concurrent aux revues existantes au sein desquelles elles tiennent déjà leur rang. C'est pourquoi :


  3. Mais ce sont les délais de publication croissants dus à la lenteur de la procédure d'évaluation qui constitueraient, dans la perspective actuelle, l'élément majeur de la faillite de la grande presse scientifique : le grand journal scientifique aurait perdu sa fonction d'information. Les délais de publication pour les revues à comité de lecture fonctionnant avec un nombre de rapporteurs allant de 1 à 3, sont compris entre 8 et 36 mois ; ils sont intolérables pour des chercheurs dont la vie scientifique rythmée par les nouvelles technologies est confrontée à une culture de l'urgence [7].

    La presse périodique traditionnelle ne remplit plus le rôle de communication et d'information qu'elle assurait primitivement car d'une part le prix élevé du journal s'oppose au libre-échange des idées et d'autre part, la conciliation impérative entre qualité de contenu et fraîcheur d'information constitue un exercice difficile à réaliser. Les éditeurs et les chercheurs se tournent résolument vers les moyens offerts par la presse électronique. Deux questions surviennent alors :




1. L'Internet et la diffusion des résultats de la recherche

Au moyen des services de l'Internet (connexion distante, courrier et conférences électroniques [8]), les chercheurs échangent des idées et des documents.

Rappelons que les premières conférences électroniques (newsgroups) en Informatique sont créées en 1981 ; en 1982, le premier article est posté dans "net.math" (rebaptisé "sci.math" en 1986) ; en 1983 s'ajoute "net.math Mathematical discussions and puzzles" ; simultanément des dizaines de groupes de discussions sont proposés dans le domaine de l'Informatique. En 1989, la National Science Foundation subventionne l'American Mathematical Society (AMS) afin que l'Association puisse développer un service électronique de communication inter-mathématiciens et créer un journal électronique : "e-math" permet d'accéder à des publications, des logiciels, des rapports de recherche et des listes de discussions ; le "Bulletin de l'AMS" est diffusé [9] via l'Internet depuis 1992, il est le premier journal à avoir publié des formats non textuels (équations mathématiques). En même temps, les associations américaines regroupant les chercheurs en Mathématiques Appliquées et en Informatique préparent le redéploiement de leurs activités d'édition. C'est le cas de l'Association For Computing Machinery qui, dès 1993, ouvre la première phase d'un énorme programme de publication électronique d'édition et de gestion intégrées de ses journaux : 17 titres de grande portée et 39 SIGs (Special interest groups Bulletin) ciblés vers des communautés plus réduites.

En 1995, l'édition électronique mathématique et informatique recouvre trois grands types de publications, les bulletins de liaison, les publications des institutions de recherche, enfin le journal en tant que recueil d'articles d'origines diverses mais spécifiques d'une discipline.


A. Les lettres d'information  : bulletin de liaison et avant-journal

La lettre d'information est adressée à ses abonnés par courrier individuel, au moyen d'une liste de diffusion, ou bien est archivée sur une machine ouverte à tous.

Comme la forme imprimée primitive, la lettre d'information électronique, quand elle émane d'une institution, rend compte de la vie associative. L'annuaire des sociétés savantes américaines offert par l'Université de Waterloo [10] présente un grand nombre d'exemples de ce type de périodique comme "International Federation for Information Processing Newsletter", "Society for Industrial and Applied Mathematics (SIAM) News" ou encore "Society for Mathematical Biology (SMB) Digest".

Les "lettres" sur lesquelles le contenu scientifique l'emporte sur les autres rubriques sont souvent issues de conférences électroniques "modérées" (dont les articles sont sélectionnés par un "modérateur"). La lettre d'information électronique est alors une forme de "ré-actualisation" de la fonction de diffusion de l'information périodique. A la différence du journal, la lettre d'information, à prédominance scientifique, est largement ouverte aux auteurs [11]. Elle est présente dans chaque sous-discipline (par exemple le Bulletin du PRC-IA en Intelligence Artificielle ou pour la géométrie algorithmique : GeDeoN [12] et Computational Geometry Tribune, Wavelet Digest [13] pour la Théorie des Ondelettes) ; le niveau scientifique peut être très inégal d'une lettre à l'autre.


B. Les collections virtuelles anonymes des institutions de recherche

Sur l'Internet, les publications internes des institutions de recherche sont mises à la disposition de tous les usagers. Les collections sont classées selon une arborescence dont le contenu est décrit sommairement sur un document général (fichier "readme").

  1. Cette offre est la transposition d'usages anciens ; la fonction des rapports de recherche est de toucher une communauté très ciblée. A la différence des articles du journal, les rapports de recherche ne sont pas évalués en dehors du laboratoire d'origine. Traditionnellement, dans la communauté des informaticiens, un document publié est d'abord un "papier" que l'on diffuse au sein d'une équipe, puis il prend la forme de rapport de recherche afin d'être édité et diffusé vers les spécialistes extérieurs ; soumis à une conférence, il est enfin publié sous forme d'article dans une revue.

  2. Aujourd'hui la diffusion des rapports de recherche sous forme électronique se généralise. Seuls les laboratoires qui n'ont pas complètement adopté les outils de diffusion que propose le réseau et les laboratoires riches qui par ailleurs proposent une édition électronique parallèle, conservent le mode de diffusion papier. La quantité du trafic entre serveurs gratuits ("anonymes") est énorme, par exemple on compte 7968 accès sur le serveur de l'Institut IMAG (Institut d'Informatique et de Mathématiques Appliquées de Grenoble) en avril 1994 [14]. Ces chiffres s'expliquent en premier lieu, par le fait que la diffusion apparaît gratuite à l'auteur puisque les frais d'impression sont à la charge du lecteur et en second lieu, par la commodité de l'outil qui supprime les délais d'envoi. Par contre, la cartographie des flux des échanges est peu changée et une étude réalisée à l'IMAG a montré que les échanges électroniques se calquaient sur les relations inter-laboratoires préexistantes. Le prestige de l'institution est un critère important de sélection des publications et les machines des laboratoires qui ont la réputation d'accueillir les "vedettes mondiales" sont les sites les plus "visités". De sorte que les grandes institutions, en exposant librement leurs collections virtuelles, ont consolidé très tôt le monopole de leur compétence scientifique.

  3. Progressivement d'autres modes d'accès aux collections de pré-publications se proposent d'élargir le public potentiel. Les annonces faites par courrier via le réseau sont "postées" sur les conférences électroniques spécialisées. Des bases de données spécifiques (et les catalogues de certaines bibliothèques) permettent d'accéder selon des approches variées au document électronique lui-même. Pour la majorité des sous-disciplines, un grand nombre d'interfaces de style hypertexte (The geometry Center [15]) facilite la consultation en présentant au moyen d'une fenêtre unique, l'ensemble des documents (articles de journaux ou de conférences, thèses, rapports de recherche, logiciels).

  4. Cependant les publications internes sont parfois moins achevées qu'elles ne l'étaient autrefois car la facilité de communiquer est une incitation à la suppression d'étapes du parcours éditorial traditionnel. Le maintien d'un niveau soutenu des publications est une question fréquemment soulevée. Le retentissement de l'expérience de Paul Ginsparg exprime le désir de qualité que les communautés scientifiques souhaitent trouver sur les publications des laboratoires. Paul Ginsparg au HEP-TH (High Energy Theoretical Physics) Laboratory de Los Alamos n'accepte aucune modification sur un document archivé ou sur un commentaire inséré à son sujet par un lecteur critique, la puissance de l'inaliénabilité garantirait le niveau scientifique des publications [16].

J. Franks qualifie la presse présentée sur les collections virtuelles anonymes des institutions de recherche d'"Edition à compte d'auteurs" ("Vanity Press Model"). Cette expression traduit bien à la fois l'unicité du discours économique présent et l'absence de sélection (en dehors de celle opérée par l'auteur "personne morale" que représente l'institution) qui préside à l'établissement des catalogues. Pour rendre entièrement compte de l'environnement et du rôle des pré-publications, il faudrait encore insister sur leur importance dans le cadre des relations de libre-échange et de gratuité et des luttes de concurrence qui sous-tendent depuis toujours les communautés scientifiques.

Ce type de relations se développe et s'amplifie avec les outils et les services du réseau qui d'une part intensifient la communication et d'autre part facilitent le bénévolat.


C. Les collections de journaux électroniques

Alors que les collections de rapports de recherche représentent l'image de la production scientifique d'une institution, le journal traditionnel rassemble sous un titre générique l'image de la production scientifique d'une communauté. La qualité du journal est directement liée à son prestige qui lui permet de recevoir et de sélectionner, puis de publier les meilleurs articles sur un sujet donné. La réussite future du journal électronique dépend elle-aussi de sa capacité à capter et réfléchir les meilleurs résultats de la recherche.

Une vingtaine de journaux mathématiques ou informatiques qui manifestent l'intention d'être des revues de grande portée sont aujourd'hui publiés sur l'Internet. La majorité sont d'origine universitaire et bénéficient du soutien financier d'une association. Un grand nombre d'autres périodiques est en préparation, au point que des études prévoient que d'ici la fin de la décennie la totalité des revues scientifiques seront électroniques. Les éditeurs commerciaux sont bien présents qui s'affichent sur l'Internet et inscrivent à leurs catalogues les nouvelles rubriques électroniques ("Electronic Journals via Internet").

Prestige, souplesse et expérimentation sont trois constantes des pages de titre des grands périodiques.

  1. L'identification de la revue numérique retrouve les moyens utilisés par la revue papier : les journaux ont tous un ISSN ; ils choisissent des éditeurs (editors) renommés, expliquent leur procédure d'évaluation et proposent aux mathématiciens et aux informaticiens, leurs langages typographiques, notamment TeX et LaTeX. Le "logo" est dans bien des cas, une figure mathématique qui parle à la communauté et intronise la publication.

  2. Le journal électronique insiste sur ses facultés d'adaptation : il est accessible au moyen d'un grand nombre de services du réseau ("avenues") et il ouvre la possibilité d'intégrer des articles plus longs qu'autrefois car l'épaisseur de la revue n'est plus un obstacle à sa diffusion et les frais d'impression "à la demande" sont à la charge de l'usager. Il publie luxueusement en couleurs puisque, avec l'électronique, le procédé a cessé d'être coûteux (ELJC, The Electronic Journal of Combinatorics [17]). Ses mises à jour sont aisées.

  3. Le journal est une expérience : il constitue un projet car il met généralement en oeuvre des techniques en cours de développement (J.UCS et Hyper-G). Il appelle la participation de la communauté.


D. Recherche théorique et recherche technique : doubles usages

Les collections d'"archives" des laboratoires et les journaux électroniques sont inégalement représentés dans les deux communautés. Les rapports pour lesquels la parution n'est pas retardée par le processus de certification rendent compte d'une information de l'instant : ils sont les outils impératifs de la recherche technique. Les journaux avec procédure d'évaluation sont indispensables aux théoriciens (mathématiciens ou informaticiens) qui souhaitent que leur lecture ait d'abord été filtrée par un travail fiable des rapporteurs.

Pour fonder plus facilement leur assise, les premiers grands périodiques électroniques sont généralistes : ils visent un public relativement large (The New York Journal of Mathematics [18] fait ailleurs précéder son titre du message "Welcome to the first electronic general mathematics journal"), ils s'imposent naturellement dans des domaines théoriques (CJTCS, The Chicago Journal of Theoretical Science [19]) ou encore dans des disciplines pour lesquelles les représentations graphiques animées ont un sens démonstratif majeur ("Complexity International" [20]).




2. De nouveaux médias, de nouvelles fonctionnalités

Les journaux électroniques sont de deux types : les titres qui ne sont pour l'instant qu'une transposition de la forme papier ancienne et d'autres qui, au moyen de nouvelles fonctionnalités, intègrent l'ensemble du processus de gestion et modifient la dynamique de la lecture du journal.


A. Edition parallèle, vente promotionnelle

Lorsque la forme électronique est identique à la forme papier, les éditeurs sont généralement des commerciaux.

Le système de diffusion est toujours le même ; quand le lecteur (qui est ici un abonné) est avisé par courrier électronique des dernières parutions, il va se connecter sur la machine de l'éditeur pour décharger les publications qui l'intéressent.

Tous les journaux sont proposés gratuitement pendant une période probatoire, puis le prix semble s'aligner sur celui du produit papier (Numerische Mathematik édité par Springer [21]). L'abonnement de base ne permet pas l'accès au journal par plusieurs lecteurs à la fois.


B. Environnement de publication

Les plus sophistiqués sont les journaux créés et gérés dans un "environnement de publication". Ces systèmes [22], dont la partie centrale est constituée par une base de données de style hypermédia, intègrent dans un environnement unique :

  1. toutes les tâches de chacune des étapes du cycle de vie éditorial,

  2. tous les outils d'édition (qui partagent les données et communiquent les uns avec les autres),

  3. une interface unique (l'utilisateur est convaincu d'utiliser un seul système dans l'accomplissement de tâches différentes).

Les outils offrent la possibilité d'inclure des formats divers (des graphiques, des tables, des formules et des images) ou de publier des documents hypermédia (J.UCS, Journal For Universal Computer Science prévoit parallèlement à l'édition disponible sur l'Internet des éditions annuelles sous forme de CD-ROMs et des volumes papier).


C. Article actif [23]

Il est possible de développer à partir des services hypertexte de l'Internet des liens "pointant" vers des documents textuels, des démonstrations mathématiques ou des outils permettant de vérifier la correction de données. Pour l'instant, seules les bibliographies des articles des journaux proposent des notes de références de style hypertexte. Les liens peuvent porter sur tout le réseau ou sur des espaces limités :

  1. ELJC encourage les auteurs à donner les adresses Internet des documents qu'ils citent afin que tout lecteur puisse s'y reporter.

  2. Au cas où l'article cité serait déjà publié dans sa propre base de données, J.UCS prévoit des liens hypertexte qui conduiraient au document auquel il est fait référence. Inversement un article de J.UCS pourra être annoté ultérieurement par l'auteur ou par des lecteurs. L'édition des notes (qui peuvent être soit de nouveaux résultats, soit des développements) est l'objet d'une rubrique spécifique intitulée "letters to the editor".

Les liens vers les documents existants relient les articles directement entre eux ; les liens vers un document à paraître ("forward" links) sont inclus sous forme de notes validées par les rapporteurs de sorte que demeure l'intégrité de la version originale de l'article.


D. De nouveaux moyens et de nouvelles méthodes de certification

La fenêtre de titre des grandes revues indique clairement que le journal possède un comité de lecture. En même temps, la revue précise que le medium permettra de raccourcir les délais de publication (CJTCS ou JFLP, The Journal of Functionnal and Logic Programming [24]). Les auteurs disposent de logiciels documentés qui leur permettent d'écrire et de publier leurs articles selon la norme du journal. Des produits nécessaires à la transformation des formats et des logiciels de relecture (permettant de lire les corrections du rapporteur) leur sont également proposés (ETNA, Electronic Transactions on Numerical Analysis [25]). Les "recommandations aux auteurs" sont facilement consultables et leurs mises à jour sont offertes par abonnement gratuit.

Sans qu'il soit fait allusion aux défaillances du processus d'évaluation par les pairs [26], le journal engage ses lecteurs à discuter de son contenu dans des conférences électroniques ("comp.ai" pour JAIR, Journal of Artificial Intelligence Research [27]). Des éditeurs (ACM) projettent d'afficher librement sur leur propre serveur, les articles à paraître [28] afin que les auteurs puissent les améliorer en profitant des remarques des lecteurs extérieurs. La frontière entre les différents types de publications (papier, rapport, article) est moins franche.

Cette critique élargie est une marche d'approche vers une évaluation médiatisée. Annoncée par les développements de la cryptographie, des procédures permettraient de transformer le travail des comités de lecture en téléconférences dont les transactions respecteraient l'anonymat et au cours desquelles chaque message serait évalué [29].




3. Nouvelles stratégies déployées par des regroupements d'acteurs

Le journal électronique utilise des outils sophistiqués. L'ensemble des technologies à promouvoir et l'échelle de l'environnement de publication appellent des concentrations de capitaux et des stratégies de conquête de marché.


A. Les institutions de recherche ne produisent qu'une part minime des journaux scientifiques

Les périodiques traditionnels sont le plus souvent publiés par des commerciaux car la production du journal avec comité de lecture nécessite une gestion suivie et un travail technique important que les laboratoires ne sont pas toujours en mesure d'assurer. A l'opposé, les premières grandes revues électroniques (JAIR [30]) ont été des projets de recherche et, en tant que tels, naturellement promus par les laboratoires qui ont en quelque sorte, appris le métier d'éditeur.

Les institutions qui ont la volonté de publier un journal électronique se tournent vers les associations dont la vocation est de supporter les recherches nationales [31]. La mention de ces soutiens sur les pages de présentation des nouveaux journaux témoigne que l'origine géographique des associations fondatrices correspond mal à la représentation géographique des communautés scientifiques. Et notamment, l'Europe académique est encore peu engagée dans les activités de publication électronique [32].


B. Les éditeurs commerciaux et l'Internet

Jusqu'en 1994, les commerciaux ont été à l'écart de l'Internet. La réglementation en cours et le futur incertain du réseau les empêchaient de promouvoir une politique d'édition électronique.

Le National Science Foundation NSFNET Acceptable Use Policy réservait à la recherche l'usage du "backbone" (le réseau de super-calculateurs qui interconnectent les grands réseaux) et prohibait les opérations publicitaires qui constituent une part importante de revenu pour les éditeurs. Aujourd'hui, la publicité n'est plus frappée d'interdit, mais elle est peu tolérée par les usagers.

Les commerciaux s'interrogeaient : quel serait le prix à payer pour l'utilisation du réseau? Qui serait leur interlocuteur? Ou encore : qui dans l'avenir contrôlera l'Internet? Sur le réseau les réglementations ne sont pas faciles à faire appliquer et les commerciaux veulent s'assurer que leur production sera utilisée uniquement par les usagers à qui ils en donnent l'autorisation. Dans ce but, ils développent des produits à valeur ajoutée qui devraient fidéliser les usagers et par là, faire des pirates de nouveaux clients [33].


C. Monopoles confortés

  1. Les associations de bibliothécaires ont profité de l'absence des commerciaux sur l'Internet pour encourager l'édition électronique à prix coûtant et mettre en cause le bien-fondé de la réglementation concernant le droit d'auteur. Les bibliothécaires prennent part aux activités des presses universitaires. Ils tentent aussi de s'opposer à ce que les auteurs transfèrent la totalité des bénéfices de leurs droits de copyright aux éditeurs.

    C'est un des objectifs du projet Pergamon PLUS qui propose aux auteurs, lorsque leur article est accepté dans une revue Pergamon, une contrepartie financière versée par l'éditeur à une bibliothèque au choix de l'auteur. Ils demandent à ce que les lois de copyright ne soient pas appliquées dans le cadre de la recherche et de l'enseignement.

    La Medical Library Association élargit la perspective en proclamant que la réglementation ne doit pas compromettre le développement de la santé publique.


  2. Cependant, les projets expérimentaux de fourniture de documents électroniques ont matérialisé les premiers pas des commerciaux sur l'Internet et tentent de définir les relations futures des éditeurs et des bibliothèques. Dans le projet TULIP (The University Licensing Program), Elsevier et Pergamon collaborent avec plusieurs universités pour diffuser sur des campus les articles de 42 périodiques scientifiques. Le projet développe des systèmes de licence et de facturation.

    Trois autres projets sont très semblables : Tilburgh University Experience, MSME (Modeling and Simulation in Material Science and Engineering) et CAJUN (CD-ROM Acrobat Journals Using Networks) dans lequel sont impliqués les éditeurs Wiley et Chapman and Hall.


  3. Pour donner une nouvelle dimension à leurs activités de publication, les associations s'allient elles-aussi à la presse commerciale.

    L'éditeur Springer est le partenaire de toutes les associations américaines de la recherche en mathématiques et en informatique : l'ACM, l'AMS, et l'IEEE (The Institute of Electrical and Electronics Engineers). L'ACM participe à l'édition du Chicago Journal of Theoretical Computer Science, publié par The MIT (Massachusetts Institute of Technology) Press.

    L'ACM qui publie 40,000 pages par an, cessera ses activités d'édition traditionnelle en 1998. Elle travaille en coopération avec l'IEEE. Ces deux associations assument à elles deux, la responsabilité de la grande majorité des publications de recherche en informatique.

    L'ACM projette la nouvelle image du journal : un courant libre à l'intérieur d'une base de donnée universelle (pour les sciences de l'ordinateur) et dans laquelle les frontières entre documents à paraître et documents publiés ont disparu. Seules sont diffusées les mises à jour. Les utilisateurs ne sont plus des abonnés à un journal mais à des logiciels d'accès à différents points de l'environnement de publication.

    J.UCS qui est publié à la fois par l'ACM, Springer, OCLC (Online Computer Library Center) et IDI (Basis Plus Software) constitue un des prototypes du projet :

    En complément à son programme de publication, l'ACM a la volonté de promouvoir la communauté informatique : "The ACM Electronic Community". Dans le but de favoriser ses membres, la société leur offre un accès sur l'Internet et des services d'information.


  4. L'abonnement au logiciel (Guidon) développé par l'OCLC (association qui réunit 1700 bibliothèques alimentant une base de données énorme) permet d'accéder à plusieurs journaux électroniques ("Applied Physics Letters Online" et "Electronics Letters Online", ...) et à leurs versions CD-ROM. Guidon prévoit des jetons pour les abonnés qui souhaitent des accès simultanés à partir d'une procédure de connexion unique. La technologie de Guidon et son développement par la plus grande des associations de bibliothèques du monde lui donne la faculté de se métamorphoser en une barrière économique puissante.


D. Editeurs de revues "primaires", agences d'abonnements, éditeurs de revues bibliographiques

L'acte de diffusion électronique est facile : il est à la portée de chacun. Avec le réseau, les frais de la diffusion ne sont plus à la charge de producteur mais à celle du lecteur. Ces potentiels sont deux agents modificateurs actifs de la chaîne traditionnelle de production et de diffusion de l'information scientifique. Pour étendre ou fidéliser leur clientèle, les éditeurs des revues primaires (information brute), les éditeurs des revues secondaires (bibliographiques), les agences d'abonnements et les bibliothèques redéfinissent leurs services.

  1. La recherche d'information se fait moins sur les bases de données commercialisées. Les bibliothèques offrent leurs catalogues. Un grand nombre d'outils permettent d'offrir facilement l'information. Des possibilités de recherches sophistiquées sur tout l'Internet sont en place. Les éditeurs des revues scientifiques (Springer Journals Preview Service [34], MIT Press, ...) diffusent gratuitement sur le réseau le contenu de leurs journaux. Car les services d'indexation ne sont plus faits, comme autrefois par les éditeurs des revues secondaires mais sont donnés par l'auteur lorsqu'il soumet un article (J.UCS). Nombreux sont les serveurs d'institutions [35] qui affichent des bibliographies filtrées (celles que les auteurs ont accumulées au cours de leurs travaux). Elles sont libres d'accès et elles constituent des sources appréciées des chercheurs que décourage le bruit coûteux des bases bibliographiques commercialisées.

  2. Dans bien des cas l'obtention du document primaire se passe des intermédiaires habituels : la bibliothèque et en amont l'agence d'abonnements. Le lecteur va se servir sur la machine de l'auteur ou celle de l'éditeur. Pour pérenniser leur rôle de distributeur et proposer à leur clientèle des services commodes de gestion électronique, les agences d'abonnement (Faxon [36]) développent des applications autour des services de transfert de fichier (ftp, file transfert protocol). Par ailleurs, elles proposent des moyens de veille scientifique (les sommaires des derniers périodiques parus) et de fourniture de document (à la demande, hors abonnement).

D'autre part, pour conserver une certaine maîtrise de leurs collections, les bibliothèques achètent des collections électroniques, généralement sous forme de CD-ROMs. Pour se montrer compétitive vis-à-vis des autres intermédiaires qui sont maintenant connectés, elles proposent l'ensemble de leurs nouvelles collections à travers des réseaux de CD-ROMs. Certains regroupent un grand nombre d'universités (Utah Academic Library Consortium).




Conclusion

L'usage du réseau et l'évolution des techniques d'édition vers un "environnement de publication" mettent en cause la structure et l'organisation traditionnelles de la presse périodique :


A. Copyright et libre circulation des idées

Les chercheurs sont nombreux qui depuis plus de dix ans communiquent et diffusent les résultats de leurs travaux avec un usage marginal des publications traditionnelles. La densité des échanges de publications gratuites atteint des chiffres énormes qui ne cessent d'augmenter avec la croissance de l'Internet. La pérennisation des archives des laboratoires est controversée par les éditeurs qui ne souhaitent pas que les documents qu'ils proposent en échange d'un abonnement soient disponibles gratuitement ailleurs sur le réseau. Le succès des éditions institutionnelles est la preuve que la communauté scientifique protège elle-même ses auteurs des risques de pillage scientifique : avec le médium, elle peut s'émanciper de la protection des éditeurs. Cette réflexion est à l'origine d'un désir de reconquête des droits de copyright dont beaucoup dénoncent aujourd'hui le détournement au profit du bien privé et au détriment de la libre circulation des idées.

Mais les institutions sont réticentes à l'idée de créer de nouveaux journaux susceptibles de concurrencer les titres en place déjà en trop grand nombre. Les commerciaux quant à eux, proclament que les chercheurs ont mieux à faire que de s'investir dans les activités éditoriales. Ils s'organisent pour maîtriser la chaîne de publication électronique. Ils proposent des outils pour soumettre les articles et lire le journal qui fidéliseront les auteurs et lieront les lecteurs au journal.


B. Certification et espace social

L'Internet offre démocratiquement aux membres des communautés scientifiques de nouveaux moyens pour exprimer publiquement leurs analyses et leurs critiques.

Ce sont : 

  1. des conférences électroniques spécialisées,

  2. de nouvelles possibilités d'insérer des critiques sur les documents conservés dans les collections d'archives,

  3. la systématisation du courrier des lecteurs (validé).

Le réseau sous-tend l'espace social des communautés scientifiques et le dote d'un pouvoir de certification qui était jusque là réservé à des comités restreints. S'il est trop tôt encore pour se prononcer sur l'impact des nouvelles méthodes cryptographiques d'authentification, il paraît difficile que leur application ne tienne pas compte des résultats obtenus par les usages critiques en cours.


C. Indépendance de l'article

Les nouvelles techniques de publication affectent l'article d'une structure polymorphe : l'article change de statut dans la base de données de l'environnement de publication. De document à paraître, il devient document publié. Archivé, il est susceptible d'être complété par les notes des lecteurs.

L'article s'affranchit de la publication périodique tutélaire : l'article n'est plus publié sous un titre commun (le nom de l'institution ou le nom du journal). Il est seulement une unité de la base de donnée.

Par ailleurs les services de fourniture de document à la demande proposent déjà une "utilisation séparée" de l'article.




Bibliographie




Notes

[ #]
Françoise Renzetti, Institut d'Informatique et de Mathématiques Appliquées de Grenoble,  Médiathèque IMAG/INRIA-Rhône-Alpes, BP 53 X, 38041 Grenoble Cedex, France.

[ ##]
Jean-Fançois Tétu, Université Louis Lumière, Lyon 2, Institut d'Etudes Politiques, 1 rue Raulin, 69007 Lyon, France.

[1]
http://www.grenet.fr/mediatheque.IMAG/divers/journaux.electroniques.tml

[2]
[ARL94], p. 40.

[3]
Par exemple, contre l'analyse d'un ouvrage, l'AMS verse maintenant un montant en dollars à ses rapporteurs alors qu'autrefois seul le document constituait la contrepartie du travail critique.

[4]
[ARL94], p. 31.

[5]
Notamment la désaffection de la pratique des "pages chargées", cotisation volontaire pour subventionner un journal.

[6]
Résultats résumés in [METZ], p. 326.

[7]
[RENZETTI94], p. 188.

[8]
Les conférences électroniques sont un système de téléconférences textuelles réparties par "replications" successives selon un mode différé.

[9]
http://www.ams.org/journals/bull/

[10]
http://www.lib.uwaterloo.ca/society/full-text_soc.html

[11]
Voir par exemple l'URL de la lettre d'information "Swiss Group for Artificial and Cognitive Science"
http://expasy.hcuge.ch/sgaico/html/newsletter.html

[12]
Editée par bronnima@lix.polytechnique.fr

[13]
Subscriptions for Wavelet Digest  :
E-mail to wavelet@math.scarolina.edu with "subscribe" as subject. To unsubscribe, e-mail with "unsubscribe" followed by your e-mail address as subject. To change address, unsubscribe and resubscribe.
Archive site, preprints, references and back issues :
ftp://ftp.math.sc.edu/pub/wavelet/archive/
Wavelet : http://www.math.scarolina.edu/~wavelet/index.html.

[14]
[RENZETTI94], 159-166.

[15]
http://www.geom.umn.edu/ ou
http://www.library.cmu.edu/bySubject/CS+ECE/lib/bibs.html ou
http://www.lpac.ac.uk/SEL-HPC/

[16]
http://publish.aps.org/EPRINT/eprthome.html

[17]
http://ejc.math.gatech.edu:8080/Journal/ejcgeneral.html

[18]
http://nyjm.albany.edu/nyjm.html

[19]
http://www.cs.uchicago.edu/pub/publications/cjtcs/journal-info.html

[20]
http://www.csu.edu.au/ci/ci.html

[21]
http://tick.ntp.springer.de

[22]
[ZHENG94] p. 301.

[23]
[MESHKAT94] p. 235.

[24]
http://www-mitpress.mit.edu/jrnls-catalog/jflp.html

[25]
http://etna.mcs.kent.edu

[26]
[MACILWAIN93]

[27]
http://www.cs.washington.edu/research/jair/home.html
Par FTP : ftp://p.gp.cs.cmu.edu/usr/jair/pub/ ; ftp://ftp.mrg.dist.unige.it/pub/jair/pub/

[28]
[ACM]

[29]
[STODOLSK94]

[30]
http://www.mrg.dist.unige.it/jair.html

[31]
[SCHAFFAR94]

[32]
[TOPSOE92]

[33]
[ROSENBERG94], p. 390.

[34]
SPRINGER@VAX.NTP.SPRINGER.DE

[35]
http://www.lpac.ac.uk/SEL-HPC/Articles/ ou
http://theory.lcs.mit.edu/~dmjones/hbp/

[36]
http://www.faxon.com


© "Solaris", nº 3, Juin 1996.