L'Observatoire des sciences et des techniques :
activités - définition - méthodologie

R. Barré, F. Laville, N. Teixeira, M. Zitt


Dans cet article, les auteurs rendent compte des méthodes et indicateurs mis en oeuvre par l'Observatoire des sciences et des techniques.

Ils indiquent les types de visibilité qui s'en suivent et suggèrent ce que pourrait être une herméneutique stratégique prenant appui sur des méthodes de type infométrique dans le domaine des acteurs-réseaux techno-économiques.





          

1. Les activités de l'OST

                         


1.1. Présentation et missions

L'Observatoire des sciences et des techniques (OST) est un Groupement d'Intérêt Public (GIP), créé en 1990, associant, au 1.1.1995, 14 membres [1]. Il a pour mission de construire des indicateurs fiables, pertinents et pérennes décrivant la science et la technologie françaises en comparaison européenne et internationale.

Les études du positionnement national ou régional, l'analyse stratégique et prospective sont des fonctions essentielles pour la politique scientifique et technologique. Elles supposent des mesures pertinentes et fiables des ressources, des activités et des échanges dans ces domaines, utilisables par tous les acteurs du système science et technique.

Pour satisfaire cette exigence, plusieurs types d'indicateurs doivent être élaborés :

A côté des mesures de niveau d'activité (en parts mondiales, par exemple), divers indicateurs stratégiques visent à repérer les forces et faiblesses des acteurs, par exemple par la mise en évidence des spectres d'activité, ou par l'introduction d'aspects qualitatifs, comme l'audience des publications scientifiques. Autre mesure fondamentale, les indicateurs d'interaction qui permettent de représenter les communautés d'acteurs comme des réseaux en constante reconfiguration.

Les indicateurs doivent enfin intégrer la dimension temporelle, avec un recul suffisant et des cadres assez stables pour permettre les analyses longitudinales.

                         


1.2. Les produits de l'OST


          

2. La Banque de données de l'OST (BDD)

                         


2.1. Description générale

L'OST a construit une Banque de données rassemblant un ensemble de corpus provenant de diverses sources : données des enquêtes nationales sur la recherche publique, la recherche industrielle ou sur l'innovation, données de publications scientifiques (base SCI de l'ISI), de brevets (EPAT, USPAT), données de l'OCDE ou de l'UNESCO, données sur l'enseignement supérieur...

Pour l'exploitation de cette Banque de données, nous avons opté pour un système de gestion relationnel, en l'occurrence INGRES sous UNIX. La structure relationnelle est bien adaptée aux exigences de stockage et de traitement : capacité, flexibilité, modularité, concision et puissance de programmation, indépendance des données et des traitements, facilité de maintenance et de mise à jour.

Chaque ensemble cohérent de données provenant d'une même source (données individuelles ou agrégées) constitue un corpus dans la Banque de données. Chaque corpus est décomposé en un certain nombre de tables correspondant chacune à un type élémentaire d'information homogène (table des journaux pour les données bibliométriques du SCI, table des déposants de brevets pour EPAT). Les informations provenant de tables présentant un champ commun (numéro de publication scientifique, pays, etc.), qu'elles appartiennent ou non à un même corpus, sont potentiellement combinables. Le même langage (SQL) permet la structuration, l'interrogation et la combinaison de tables, ainsi que les contrôles d'accès. La majorité des indicateurs classiques, qui sont de structure simple, peuvent être obtenus par ces techniques. Les principaux indicateurs sont rassemblés dans des " tableaux statistiques systématiques " interrogeables par l'utilisateur.

A côté de ces traitements standards, il existe toute une gamme de procédures adaptées aux traitements " à la demande ", par exemple pour des travaux d'atelier.

Une interface (GQL) entre le " monde UNIX " et le " monde micro-ordinateur " facilite la communication entre la Banque de données et les logiciels bureautiques.

                         


2.2. Les corpus de données : brève description

La Banque de données de l'OST comprend les " corpus " de données suivants :

Ces différents corpus de données sont régulièrement actualisés.

La description de la banque de données OST (corpus et traitements) est résumée sur le schéma suivant :




                         


2.3. Deux exemples de corpus de données de l'OST

                         


2.4. Les tables de nomenclatures

En plus des bases de données mentionnées ci-dessus, la Banque de données de l'OST contient diverses tables de nomenclatures (disciplinaires, sectorielles), propres à un ou plusieurs corpus de données ou communes à l'ensemble des corpus (géographiques).


          

3.  La méthologie de construction des indicateurs : le cas des données bibliométriques

                         


3.1. Les différents types d'indicateurs bibliométriques

Les indicateurs bibliométriques standards font un usage spécifique de quelques instruments statistiques de base, notamment d'analyse de tableau. Ils concernent principalement les corpus de données des publications scientifiques (SCI) et de brevets (EPAT et USPAT).
                         


3.2. Les indicateurs bibliométriques produits par l'OST

Dans cette partie, nous allons décrire de façon plus précise les indicateurs bibliométriques calculés par l'OST (à partir des bases de publications scientifiques et de brevets).


  1. les principes de comptage :


  • les indicateurs uni-dimensionnels


  • les indicateurs bi-dimensionnels ou relationnels

    Les indicateurs bi-dimensionnels classiques (co-publications ou co-dépôts) présentés dans cet article ne se réfèreront qu'aux publications scientifiques.

    Les indicateurs OST renseignent sur les réseaux réels de collaboration (se manifestant par les co-publications) et sont précieux dans l'analyse des coopérations internationales.

    Un lien élémentaire de " co-publication " apparaît chaque fois que la mention d'un pays apparaît dans la liste des adresses d'auteurs. Il existe une grande variété d'indices statistiques de co-publication aux significations différentes, selon la manière de comptabiliser les liens élémentaires et de les normaliser.

    Pour des raisons de cohérence avec les indicateurs de publication, qui reposent sur une approche fractionnaire, le choix d'un dénombrement fractionnaire des liens (" fractions mises en commun ") s'impose. Chaque document compte donc pour un poids unitaire, réparti en n(n-1) couples (ordonnés) de pays ; la diagonale est ignorée (une adresse ne co-publie pas avec elle-même, en revanche deux adresses dans le même pays donnent lieu à un lien de co-publication).

    Les co-publications fractionnaires brutes sont calculées par sommation par pays des liens élémentaires. Par construction, l'indice est additif et cohérent avec les indices de publication : on peut, par exemple, comparer les publications fractionnaires et les co-publications d'un pays donné.


              

     4. Quelques résultats d'indicateurs produits par l'OST

    La Banque de données de l'OST, constituée d'un certain nombre de corpus de données, est devenue un outil performant. Quelle est la place de l'Europe dans le Monde ? Comment sa production scientifique et technologique a-t-elle évoluée en dix ans ? Quelles sont les positions comparées de grands pays sur le plan de leur coopération scientifiques ?

    Les indicateurs calculés par l'OST, présentés sur un plan théorique ci-dessus, permettent de répondre à ces questions diverses et variées. Nous présentons quelques résultats de la science et la technologie pour illustrer ces différents indicateurs.

                             


    4.1. La production scientifique mondiale : panorama général

    La science mondiale est dominée par les Etats-Unis et l'Union européenne avec respectivement près de 36 et 30 % des publications du SCI (tableau 6). Le Japon, qui représente 8,2 % des parts mondiales, arrive en troisième position, à égalité avec une large zone d'Asie regroupant les NPI, ASEAN, l'Australie/Nouvelle-Zélande et les autres pays d'Asie.


    Tableau 6 : répartition de la production scientifique mondiale
    en 15 zones géographiques.

    (1) AELE : Association européenne de libre échange (Autriche, Suisse, Suède, Finlande, Norvège jusqu'au 31/12/94)
    (2) CEI : Communauté des Etats indépendants (ex URSS, sans les pays baltes)
    (3) ECO : Europe centrale et orientale
    (4) NPI : Nouveaux pays industrialisés d'Asie (Hong Kong, Taiwan, Corée du Sud, Singapour)
    (5) Amérique latine : seuls sont pris en compte les pays : Argentine, Brésil, Chili, Mexique et Venezuela
    (6) ASEAN : Association des nations du sud-est asiatique (Indonésie, Malaisie, Philippines, Thaïlande)


    L'analyse dynamique entre 1983 et 1993 de la répartition de la production mondiale permet de faire ressortir quelques faits saillants :

                             


    4.2. La production scientifique de l'Union européenne

    Parmi les pays de l'Union européenne, c'est le Royaume-Uni qui occupe une position dominante avec 8,7 % des publications mondiales, loin devant l'Allemagne (6,3 %) et la France (5,1 %). Contrairement à ses deux concurrents, le Royaume-Uni et l'Allemagne, la France a augmenté ses parts mondiales en dix ans (de 4,2 % en 1983, elle est passée à 5,1 % en 1993).


    Tableau 7 : répartition des publications européennes
    par pays et discipline scientifique.



    Cependant la science française n'est dominante dans aucune discipline (tableau 7) : elle doit se contenter d'une troisième place partout.

    Il faut noter la valeur remarquable des parts mondiales (12,7 % ) du Royaume-Uni en médecine clinique. Ses autres disciplines de forte spécialisation sont la recherche biomédicale, la biologie animale et végétale et les sciences de l'univers.

    L'Allemagne occupe la première place en chimie, en physique et en mathématiques. Elle talonne de près le Royaume-Uni en sciences pour l'ingénieur.

    Les autres pays de l'Union européenne sont assez détachés de ce " trio de tête ". L'Italie vient en quatrième position, mais avec seulement 3 % des publications mondiales.

                             


    4.3. La production technologique de l'Union européenne

    En production technologique (brevet européen) (tableau 8), l'Union européenne (42,5 %) est dominée par un " poids lourd " l'Allemagne qui, avec 19 % des parts mondiales, se situe loin devant la France (8,3 %), qui elle-même devance nettement le Royaume-Uni (5,8 %). Depuis 1988, c'est la France, cependant, qui a le moins régressé dans ses parts mondiales en brevet européen.

    Derrière ces trois pays, viennent l'Italie et les Pays-Bas avec 3,9 et 2,5 % des parts mondiales en brevet européen. Les autres pays de l'Union européenne ne représentent qu'un très faible pourcentage des brevets européens.

    Les domaines de forte spécialisation de l'Union européenne, et des principaux pays la composant, sont des domaines assez traditionnels tels procédés industriels, machines-mécanique ou consommation des ménages, BTP. Seuls les Pays-Bas sont spécialisés dans un domaine de pointe, électronique-électricité. Cet état de fait se retrouve également dans le brevet américain.


    Tableau 8 : répartition des brevets européens
    par pays et domaine technologique.



                             


    4.4. Les coopérations scientifiques de la France et du Japon

    Une des mesures de la coopération scientifique entre deux pays est réalisée par le comptage des publications qui sont co-signées par des auteurs de ces deux pays (ou co-publications). Nous illustrons les indicateurs de co-publication par l'analyse des co-publications de la France et du Japon.


    Tableau 9 : les co-publications de la France et du Japon.



    Lecture du tableau : on considère l'ensemble des articles à plusieurs auteurs (co-publications) dont l'un au moins est français (son adresse de laboratoire est française) ; on considère alors d'un côté ceux dont tous les co-auteurs sont français, soit A leur nombre, et de l'autre côté ceux dont au moins un co-auteur n'est pas français, soit B leur nombre.

    Pour la France, en 1983, si B égale 100, alors A égale 403,8 ; autrement dit, les scientifiques français étaient 4 fois plus engagés dans des co-publications nationales que dans des co-publications internationales.

    Par ailleurs, ces 100 co-publications internationales se répartissaient en 1,6 avec des auteurs japonais, 38,8 avec des scientifiques de l'Union européenne, 24,5 avec des scientifiques des Etats-Unis... Le même raisonnement peut être effectué avec le Japon ou tout autre pays.

    Plusieurs observations se dégagent du tableau 9 :


              

    5. Conclusion

    Nous avons présenté ici un certain nombre d'indicateurs établis à partir des bases de données bibliométriques. Ils constituent d'ores et déjà un ensemble qui permet de caractériser convenablement les activités scientifiques et technologiques des pays et des régions. Il reste cependant, qu'à l'évidence, ces indicateurs doivent être complétés et améliorés.


    De nouveaux indicateurs sont actuellement en cours de développement : ils portent aussi bien sur l'aspect macro que micro-bibliométrique.


              

    Bibliographie

    - Barré R., Laville F., Economie et statistique, Nº 275-276, 1994 -5/6

    - Braun T. et al., Scientometrics 16, 1-6, juin 1989 (numéro spécial indicateurs)

    - Garfield E., "Citation Analysis as a tool in Journal Evaluation", Science, 178, 4060, 471-479, 1972

    - OST, Science & Technologie - Indicateurs 1994", Economica

    - OST,"La mesure des activités scientifiques : les indicateurs bibliométriques", Les Cahiers de l'OST, série méthodologie, nº 1, septembre 1994

    - Van Raan A., Ed., Handbook of Quantitative Studies of Science and Technology, Elsevier, 1988.



              

    Notes

    [1]
    Les 14 membres de l'OST :
    • 7 ministères : Enseignement supérieur et Recherche, Défense, Economie (INSEE), Industrie, Postes Télécommunications, Commerce extérieur, Affaires étrangères, Intérieur et aménagement du territoire (DATAR), Environnement ;
    • 6 grands établissements publics : CEA, CNRS, CNES, France Télécom (CNET), INSERM, INRA ;
    • l'Association nationale de la recherche technique (ANRT).

    Membre associé : ORSTOM.


    © "Les sciences de l'information : bibliométrie, scientométrie, infométrie". In Solaris, nº 2, Presses Universitaires de Rennes, 1995