L'Observatoire des sciences et des techniques :
R. Barré, F. Laville, N. Teixeira, M. Zitt
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Dans cet article, les auteurs rendent compte des méthodes et
indicateurs mis en oeuvre par l'Observatoire des sciences et des
techniques. Ils indiquent les types de visibilité qui s'en suivent et suggèrent ce que pourrait être une herméneutique stratégique prenant appui sur des méthodes de type infométrique dans le domaine des acteurs-réseaux techno-économiques. |
1.
Les activités de l'OST
1.1.
Présentation et missions
Les études du positionnement national ou régional, l'analyse stratégique et prospective sont des fonctions essentielles pour la politique scientifique et technologique. Elles supposent des mesures pertinentes et fiables des ressources, des activités et des échanges dans ces domaines, utilisables par tous les acteurs du système science et technique.
Pour satisfaire cette exigence, plusieurs types d'indicateurs doivent être élaborés :
A côté des mesures de niveau d'activité (en parts mondiales, par exemple), divers indicateurs stratégiques visent à repérer les forces et faiblesses des acteurs, par exemple par la mise en évidence des spectres d'activité, ou par l'introduction d'aspects qualitatifs, comme l'audience des publications scientifiques. Autre mesure fondamentale, les indicateurs d'interaction qui permettent de représenter les communautés d'acteurs comme des réseaux en constante reconfiguration.
Les indicateurs doivent enfin intégrer la dimension temporelle, avec un recul suffisant et des cadres assez stables pour permettre les analyses longitudinales.
1.2.
Les produits de l'OST
L'OST n'est pas un producteur de données primaires (sources). Pour accomplir ses missions, il a construit une Banque de données regroupant et harmonisant les corpus de données appropriés.
L'un des aspects de cette harmonisation est le développement de nomenclatures (thématiques ou géographiques) pour répondre aux problèmes de veille, de description et positionnement d'activités scientifiques et techniques. Par ailleurs, la taille des corpus traités, notamment en bibliométrie, exige de puissants instruments de structuration de l'information.
Nous décrirons brièvement la Banque de données de l'OST dans sa version actuelle, puis nous expliciterons les nomenclatures construites. Nous présenterons ensuite l'une des catégories d'indicateurs, les indicateurs bibliométriques, dont quelques tables sont fournies à titre d'illustration.
2.
La Banque de données de l'OST (BDD)
2.1.
Description générale
Pour l'exploitation de cette Banque de données, nous avons opté pour un système de gestion relationnel, en l'occurrence INGRES sous UNIX. La structure relationnelle est bien adaptée aux exigences de stockage et de traitement : capacité, flexibilité, modularité, concision et puissance de programmation, indépendance des données et des traitements, facilité de maintenance et de mise à jour.
Chaque ensemble cohérent de données provenant d'une même source (données individuelles ou agrégées) constitue un corpus dans la Banque de données. Chaque corpus est décomposé en un certain nombre de tables correspondant chacune à un type élémentaire d'information homogène (table des journaux pour les données bibliométriques du SCI, table des déposants de brevets pour EPAT). Les informations provenant de tables présentant un champ commun (numéro de publication scientifique, pays, etc.), qu'elles appartiennent ou non à un même corpus, sont potentiellement combinables. Le même langage (SQL) permet la structuration, l'interrogation et la combinaison de tables, ainsi que les contrôles d'accès. La majorité des indicateurs classiques, qui sont de structure simple, peuvent être obtenus par ces techniques. Les principaux indicateurs sont rassemblés dans des " tableaux statistiques systématiques " interrogeables par l'utilisateur.
A côté de ces traitements standards, il existe toute une gamme de procédures adaptées aux traitements " à la demande ", par exemple pour des travaux d'atelier.
Une interface (GQL) entre le " monde UNIX " et le " monde micro-ordinateur " facilite la communication entre la Banque de données et les logiciels bureautiques.
2.2.
Les corpus de données : brève description
Ces différents corpus de données sont régulièrement actualisés.
La description de la banque de données OST (corpus et traitements) est résumée sur le schéma suivant :

2.3.
Deux exemples de corpus de données de l'OST
Le SCI et Compumath sont constitués des journaux scientifiques " coeur ", c'est-à-dire des journaux à comité de lecture, le plus souvent international, et ayant le plus fort impact (le plus fréquemment cité). L'hypothèse de base est que ces journaux représentent convenablement la production scientifique mondiale de bon niveau.
Particularités et imperfections de la base SCI :
Diverses raisons ont permis au SCI de devenir en quelques années la base "référence" pour des travaux de bibliométrie et de production d'indicateurs scientifiques :
Cependant, il faut mettre en garde l'utilisateur de cette base contre certaines imperfections résultant de son processus de construction : informations incomplètes, normalisation insuffisante, notamment dans l'identification des acteurs (champ adresses) ; encore faut-il souligner que la qualité technique générale du SCI est très honorable et que plusieurs biais peuvent être contournés.
L'une des plus importantes interrogations porte sur la couverture des journaux du SCI. En effet, l'expérience de nombreux utilisateurs montre que plus un journal est important aux yeux des scientifiques ou d'autres utilisateurs, plus ses chances sont grandes de figurer dans les listes de l'ISI. Ceci signifie aussi que, pour les revues de second rang, les choix puissent prêter le flanc à la critique. Les reproches les plus couramment adressés au SCI concernent ses biais de couverture en faveur de la science anglo-américaine d'une part (effet de langue, effet national), des sciences " dures " d'autre part. Ainsi la représentativité du SCI pour le domaine très internationalisé des sciences physiques est peu contestée. Pour les domaines plus appliqués ou marqués de fortes spécificités nationales, l'image peut être moins fidèle. Dans l'extension " sciences humaines " du SCI (SSCI), exclue actuellement des traitements OST, les distorsions deviennent très considérables dans certaines spécialités.
La signification des indicateurs est affectée par plusieurs facteurs : les erreurs dans les données, les fluctuations d'origines diverses (délais d'entrée en base, etc.) et surtout le statut statistique incertain de la sélection des journaux ISI. Ces questions rendent délicate la mention de la signification statistique des indicateurs bibliométriques. Les distributions fortement asymétriques fréquentes en bibliométrie exposent par ailleurs à des difficultés supplémentaires. Quelques solutions partielles sont à l'étude pour les prochaines livraisons de l'OST. Dans l'intervalle, des recommandations usuelles restent valables :
On considère que le dépôt d'un brevet par une firme est le signe (le marquage) d'une capacité et d'une activité technologiques à la frontière des connaissances, comme une publication scientifique est le signe d'une capacité et d'une activité scientifiques. Cependant, les brevets ne sont pas directement comparables entre eux : certains ont une grande valeur, d'autres sont marginaux dans leur portée, ils couvrent des territoires variables ; on sait également que certaines firmes recourent plus à la protection par le secret que d'autres, qui préfèrent le brevet ; par ailleurs, certains domaines technologiques ne génèrent que peu de brevet. L'hypothèse est ici que les différents facteurs d'hétérogénéité liés à chaque brevet se compensent par le jeu de la loi des grands nombres et qu'il n'existe pas de biais national dans les stratégies de brevet.
En fait, le dépôt de brevet correspond à un contrat par lequel un inventeur s'engage à rendre publique son invention dans un certain délai, pour bénéficier, en contrepartie, d'une protection temporaire légale de la part du pays où est déposée la demande de brevet.
En effet, une demande de brevet vaut dans un système national de propriété industrielle : chaque pays possède son propre système de brevets. Ce dernier est appelé " système national ". Ces systèmes nationaux sont régis par les lois propres à chaque pays. Ainsi des différences importantes peuvent exister entre ces systèmes nationaux, notamment sur les plans juridique, économique ou culturel. Un inventeur peut, bien entendu, protéger son invention ailleurs que dans son propre pays. Dans ce cas, il doit faire une démarche analogue dans chaque pays.
Pour pallier ces difficultés, diverses procédures sont actuellement offertes aux inventeurs voulant protéger leur invention dans plusieurs pays. La " voie européenne " ou le " système du brevet européen " est l'une d'elles.
La base de données sur le brevet européen est produite par l'Institut français de la propriété industrielle (INPI) ; cette base a été mise sous une forme qui en permet l'exploitation bibliométrique par la société Applications Scientifiques, Statistiques et Informatiques (ASSI) pour le compte de l'OST. Les travaux ont notamment porté sur :
Les indicateurs sont calculés en année de publication, sur la nationalité du ou des inventeur(s), en comptage fractionnaire. Les données sont disponibles sur la période 1978-1993, mais ne sont vraiment exploitables, en comparaisons internationales que depuis 1986. Le total des brevets répertoriés est d'environ 550 000, avec un accroissement de 50 000 par an.
2.4.
Les tables de nomenclatures
De nombreuses études s'appuient sur les catégories définies par l'ISI en termes d'ensembles de journaux correspondant à une " spécialité " scientifique (optique, botanique, etc.) que l'on peut ensuite agréger en grandes disciplines. Le panel de journaux constituant une catégorie peut donc évoluer d'une année sur l'autre, en nombre comme en composition. La classification de l'ISI n'est pas établie en fonction d'usages bibliométriques et peut être critiquée de plusieurs points de vue (fluctuations, affectation de journaux pluridisciplinaires, inadaptation aux études fines) : mais c'est une classification aisément accessible et largement reprise, point favorable à la comparabilité des études macro-bibliométriques.
Elle est actuellement adoptée pour les indicateurs standards de l'OST, sous forme directe (principe de l'ensemble de journaux variable). Pour les macro-indicateurs standards, l'OST respecte en général la ventilation en huit grandes disciplines (plus la catégorie " multidisciplinaire "), pour sauvegarder la possibilité de recoupement avec des indicateurs publiés antérieurement, notamment ceux développés à partir des travaux de CHI Research. Des réagrégations spécifiques peuvent évidemment intervenir pour des analyses plus précises. Une nomenclature intermédiaire en trente sous-disciplines est en cours de développement pour le prochain rapport OST. Dans le tableau 1 ci-dessous, nous avons indiqué pour trois années la répartition des publications scientifiques (SCI) entre les grandes disciplines. A titre d'information, le nombre total de publications considérées en 1993 est d'environ 420 000.

Tableau 1 : répartition des publications dans les 8 disciplines SCI.
Les brevets bénéficient d'une classification technologique très fine, utilisée par tous les pays dans leur système de brevet : la Classification Internationale des Brevets (CIB). Cette classification présente une structure hiérarchique en plusieurs niveaux : 8 sections, 118 classes, 620 sous-classes et 64 000 groupes et sous-groupes.
Les sections et classes de la CIB ne sont, malheureusement, pas toujours adaptées à l'analyse en termes de stratégies technologiques que visent les travaux bibliométriques : il est donc nécessaire d'effectuer d'autres regroupements, qui permettent de faire le lien avec les catégories utilisées en économie industrielle et dans l'analyse des stratégies technologiques. Une nomenclature pertinente a été construite conjointement par l'OST et l'INPI, en collaboration avec l'Institut Fraunhofer de Karlsruhe (FhG-ISI). Ce nouvel réarrangement de la CIB à partir des 620 sous-classes conduit à un regroupement en 6 domaines et 30 sous-domaines (" nomenclature OST-INPI-FhGISI ").
Cette nomenclature a été adoptée pour les deux systèmes de brevets utilisés à l'OST. Dans le tableau 2 ci-dessous est indiquée la répartition des brevets européens pris en considération (ensemble des brevets déposés à l'OEB dans les 6 domaines de la nomenclature OST-INPI-FhGISI). Ce nombre est, en 1993, d'environ 55 300.

Tableau 2 : répartition des brevets européens
dans les 6
domaines (%).
Nous avons réalisé un travail analogue sur le brevet américain. La répartition des brevets américains entre les domaines technologiques est décrite dans le tableau 3. Le nombre de brevets américains publiés en 1993 est environ 86 200.

Tableau 3 : répartition des brevets américains
dans les 6
domaines (%).
Pour faire correspondre les données brevets aux données économiques, et notamment aux données d'enquête de recherche industrielle ou aux données de l'OCDE, la classification technologique n'est pas adéquate. C'est pourquoi les données brevets ont également été classées dans une nomenclature d'activité industrielle.
La classification utilisée est la " classification ISIC " décrivant les secteurs d'activité industrielle, qui sont plus souvent utilisés dans les études économiques que les domaines technologiques. Cependant, le passage entre une classification technologique et une classification industrielle n'est pas simple (leur nature et leur objectif sont différents).
L'OST n'a pas établi une telle table de passage, mais utilise celle que l'équipe du MERIT (laboratoire d'économie de Maastricht) lui a fournie. Elle permet de faire la correspondance entre la classification ISIC (révision 2) et la classification CIB (classification technologique) pour réaliser ce passage.
Cette table de passage a été appliquée aussi bien aux brevets européens qu'aux brevets américains et dans les tableaux 4 et 5 est indiquée la répartition des brevets européens et américains selon la nomenclature en 8 secteurs industriels.

Tableau 4 : répartition des brevets européens
dans les 8
secteurs.

Tableau 5 : répartition des brevets américains
dans les 8 secteurs.
Pour être complet, ce descriptif de la Banque de données de l'OST ne saurait oublier les regroupements géographiques construits pour présenter les données issues de corpus différents sous de mêmes libellés géographiques.
Nous avons effectué des regroupements à divers niveaux d'agrégation :
La conception de la Banque de données de l'OST permet donc de calculer les indicateurs de la science et la technologie à des niveaux d'agrégation très variés. A des niveaux de faible agrégation (région ou sous-discipline notamment), la signification statistique des indicateurs peut être problématique.
3.
La méthologie de construction des indicateurs : le cas des
données bibliométriques
3.1.
Les différents types d'indicateurs bibliométriques
La mission essentielle de l'OST est de construire des indicateurs décrivant les activités scientifiques et technologiques de la France en comparaison internationale. On privilégie donc un niveau d'observation agrégé, aussi bien sur le critère géographique (pays, parfois régions) que sur le critère thématique (la science ou la technologie divisée en quelques disciplines ou domaines). Dans le cas de la science, le journal reste l'entité de base. De tels " macro-indicateurs " apportent donc des connaissances sur le contexte général, les grands rapports de force, les évolutions d'ensemble.
Les macro-indicateurs, qui exigent des traitements lourds (temps de calcul), sont en revanche bâtis sur nomenclatures simples ou standards : les codes pays ou région, les grands découpages thématiques, par exemple.
Des demandes de plus en plus importantes des membres de l'OST, et notamment les travaux d'ateliers, motivent le développement d'indicateurs " micro ". Ceux-ci sont ciblés, sur le plan géographique, thématique, ou institutionnel. Leur mise en oeuvre exige un travail préparatoire de filtrage, conduisant à l'extraction d'un ensemble de documents pertinents.
A côté de cette structure standard privilégiée actuellement à l'OST, il existe de nombreuses formes d'indicateurs bibliométriques, mobilisant notamment les ressources des techniques statistiques et d'analyse de données multidimensionnelles.
3.2.
Les indicateurs bibliométriques produits par l'OST
Dans cette partie, nous allons décrire de façon plus
précise les indicateurs bibliométriques calculés par l'OST
(à partir des bases de publications scientifiques et de brevets).
A partir des données primaires (sources) acquises par l'OST (publications scientifiques et brevets), l'OST effectue ses propres agrégations et calculs d'indicateurs. Tous ces indicateurs sont construits sur le principe du " comptage fractionnaire " quel que soit le niveau (document, journal, discipline pour le SCI, brevet, domaine pour les brevets européen ou américain). Ce comptage attribue à chaque document un poids égal impliquant une contribution fractionnaire des auteurs (inventeurs) multiples.
Dans un souci de meilleure fiabilité, les indicateurs standards sont, en général, calculés sur une moyenne de trois années, repérée par l'année centrale. Ces années correspondent aux années de publications et non aux années d'entrée dans les bases, aussi bien pour les brevets que pour les articles scientifiques.
Le nombre absolu de publications peut difficilement être considéré comme un indicateur de la production scientifique ou technologique en tant que tel, car dépendant directement de la taille de " l'échantillon " de journaux sélectionnés par l'ISI ou des systèmes de brevets utilisés. Il est préférable de se baser sur des valeurs relatives et en premier lieu sur les parts mondiales :
En plus des parts mondiales, il est souvent intéressant de connaître la spécificité d'un pays en science ou technologie. Pour décrire le profil sectoriel d'un pays, on introduit un indicateur de spécialisation sectorielle défini comme :
Pour ce type d'indice, les pays les plus importants comme les Etats-Unis contribuent fortement à définir la norme (la moyenne mondiale), ce qui entraîne pour ces pays une moindre dispersion de l'indice de spécialisation. Cette dispersion, mesurable de diverses manières, permet d'appréhender la stratégie globale d'un pays, polyvalente ou sélective (politique de créneau).
La mesure de l'impact est le nombre des citations reçues à travers les " références bibliographiques ", rapporté au nombre de publications.
Les indicateurs établis par l'OST reposent sur le principe de comptabilisation " par année citée ", sur deux fenêtres de citation, l'une de 2 ans (année de publication et l'année suivante), l'autre de 5 ans, ce qui permet de différencier deux comportements de citation qui peuvent être dans certains cas très dissemblables.
Au total, si les indicateurs " d'impact " ajoutent un aspect qualitatif incontestable aux données brutes de publication, il serait imprudent de les assimiler à des indicateurs de " qualité " des recherches. Il existe d'ailleurs des approches bibliométriques complémentaires pour tenter de cerner d'autres aspects qualitatifs, comme par exemple la présence d'un pays sur les domaines les plus dynamiques d'une discipline [OST, Science & Technologie - Indicateurs 1992]. Dans une certaine mesure, les indicateurs relationnels peuvent aussi compléter cette information.
L'indicateur d'impact retenu ici est un indicateur de citation par publication normalisé par la moyenne. Il peut aussi se définir par :
L'analyse des évolutions est souvent effectuée en indices (100 pour l'année de référence).
Les indicateurs bi-dimensionnels classiques (co-publications ou co-dépôts) présentés dans cet article ne se réfèreront qu'aux publications scientifiques.
Les indicateurs OST renseignent sur les réseaux réels de collaboration (se manifestant par les co-publications) et sont précieux dans l'analyse des coopérations internationales.
Un lien élémentaire de " co-publication " apparaît chaque fois que la mention d'un pays apparaît dans la liste des adresses d'auteurs. Il existe une grande variété d'indices statistiques de co-publication aux significations différentes, selon la manière de comptabiliser les liens élémentaires et de les normaliser.
Pour des raisons de cohérence avec les indicateurs de publication, qui reposent sur une approche fractionnaire, le choix d'un dénombrement fractionnaire des liens (" fractions mises en commun ") s'impose. Chaque document compte donc pour un poids unitaire, réparti en n(n-1) couples (ordonnés) de pays ; la diagonale est ignorée (une adresse ne co-publie pas avec elle-même, en revanche deux adresses dans le même pays donnent lieu à un lien de co-publication).
Les co-publications fractionnaires brutes sont calculées par sommation par pays des liens élémentaires. Par construction, l'indice est additif et cohérent avec les indices de publication : on peut, par exemple, comparer les publications fractionnaires et les co-publications d'un pays donné.
Cet indice s'interprète comme le ratio d'une valeur observée de co-publication à une valeur attendue ; une valeur de l'indice supérieure à l'unité indique une affinité spécifique entre les pays 1 et 2.
Dans le cas particulier des brevets européens, nous avons également construit des indicateurs relationnels, mais d'un type légèrement différent.
L'affiliation des firmes à des groupes multinationaux a été intégrée dans la base des brevets européens. Pour cela, nous n'avons retenu que les seuls brevets déposés par des institutions. Ce travail a permis d'identifier les firmes appartenant à un groupe multinational, dont on connaît la nationalité. Cette information permet de connaître qui contrôle la technologie.
D'autre part, chaque brevet fait mention également de l'adresse de l'inventeur (personne physique) ; ce qui, dans nos hypothèses, représente le lieu d'origine de la technologie. Ainsi, pour chaque brevet, plusieurs informations sont disponibles :
Les brevets déposés par les firmes et les groupes industriels d'un pays et de leurs filiales à l'étranger sont dits " contrôlés " par ce pays. De même, on peut définir, pour un groupe multinational donné, les pays source de la technologie, c'est-à-dire les pays où sont implantés les laboratoires de recherche du groupe.
4.
Quelques résultats d'indicateurs produits par l'OST
Les indicateurs calculés par l'OST, présentés sur un plan théorique ci-dessus, permettent de répondre à ces questions diverses et variées. Nous présentons quelques résultats de la science et la technologie pour illustrer ces différents indicateurs.
4.1.
La production scientifique mondiale : panorama général

Tableau 6 : répartition de la production scientifique mondiale
(1) AELE : Association européenne de libre échange (Autriche,
Suisse, Suède, Finlande, Norvège jusqu'au 31/12/94)
en 15
zones géographiques.
(2) CEI : Communauté des Etats indépendants (ex URSS, sans les
pays baltes)
(3) ECO : Europe centrale et orientale
(4) NPI : Nouveaux pays industrialisés d'Asie (Hong Kong, Taiwan,
Corée du Sud, Singapour)
(5) Amérique latine : seuls sont pris en compte les pays : Argentine,
Brésil, Chili, Mexique et Venezuela
(6) ASEAN : Association des nations du sud-est asiatique (Indonésie,
Malaisie, Philippines, Thaïlande)
L'analyse dynamique entre 1983 et 1993 de la répartition de la production mondiale permet de faire ressortir quelques faits saillants :
4.2.
La production scientifique de l'Union européenne

Tableau 7 : répartition des publications européennes
par pays et
discipline scientifique.
Cependant la science française n'est dominante dans aucune discipline (tableau 7) : elle doit se contenter d'une troisième place partout.
Il faut noter la valeur remarquable des parts mondiales (12,7 % ) du Royaume-Uni en médecine clinique. Ses autres disciplines de forte spécialisation sont la recherche biomédicale, la biologie animale et végétale et les sciences de l'univers.
L'Allemagne occupe la première place en chimie, en physique et en mathématiques. Elle talonne de près le Royaume-Uni en sciences pour l'ingénieur.
Les autres pays de l'Union européenne sont assez détachés de ce " trio de tête ". L'Italie vient en quatrième position, mais avec seulement 3 % des publications mondiales.
4.3.
La production technologique de l'Union européenne
Derrière ces trois pays, viennent l'Italie et les Pays-Bas avec 3,9 et 2,5 % des parts mondiales en brevet européen. Les autres pays de l'Union européenne ne représentent qu'un très faible pourcentage des brevets européens.
Les domaines de forte spécialisation de l'Union européenne, et des principaux pays la composant, sont des domaines assez traditionnels tels procédés industriels, machines-mécanique ou consommation des ménages, BTP. Seuls les Pays-Bas sont spécialisés dans un domaine de pointe, électronique-électricité. Cet état de fait se retrouve également dans le brevet américain.

Tableau 8 : répartition des brevets européens
par pays et domaine
technologique.
4.4.
Les coopérations scientifiques de la France et du Japon

Tableau 9 : les co-publications de la France et du Japon.
Lecture du tableau : on considère l'ensemble des articles à plusieurs auteurs (co-publications) dont l'un au moins est français (son adresse de laboratoire est française) ; on considère alors d'un côté ceux dont tous les co-auteurs sont français, soit A leur nombre, et de l'autre côté ceux dont au moins un co-auteur n'est pas français, soit B leur nombre.
Pour la France, en 1983, si B égale 100, alors A égale 403,8 ; autrement dit, les scientifiques français étaient 4 fois plus engagés dans des co-publications nationales que dans des co-publications internationales.
Par ailleurs, ces 100 co-publications internationales se répartissaient en 1,6 avec des auteurs japonais, 38,8 avec des scientifiques de l'Union européenne, 24,5 avec des scientifiques des Etats-Unis... Le même raisonnement peut être effectué avec le Japon ou tout autre pays.
Plusieurs observations se dégagent du tableau 9 :
5. Conclusion
Nous avons présenté ici un certain nombre d'indicateurs établis à partir des bases de données bibliométriques. Ils constituent d'ores et déjà un ensemble qui permet de caractériser convenablement les activités scientifiques et technologiques des pays et des régions. Il reste cependant, qu'à l'évidence, ces indicateurs doivent être complétés et améliorés.
De nouveaux indicateurs sont actuellement en cours de développement : ils portent aussi bien sur l'aspect macro que micro-bibliométrique.
Bibliographie
- Braun T. et al., Scientometrics 16, 1-6, juin 1989 (numéro spécial indicateurs)
- Garfield E., "Citation Analysis as a tool in Journal Evaluation", Science, 178, 4060, 471-479, 1972
- OST, Science & Technologie - Indicateurs 1994", Economica
- OST,"La mesure des activités scientifiques : les indicateurs bibliométriques", Les Cahiers de l'OST, série méthodologie, nº 1, septembre 1994
- Van Raan A., Ed., Handbook of Quantitative Studies of Science and Technology, Elsevier, 1988.
Notes
Membre associé : ORSTOM.
© "Les sciences de l'information : bibliométrie, scientométrie, infométrie". In Solaris, nº 2, Presses Universitaires de Rennes, 1995